Reprise sous haute tension

• 106 grèves au premier semestre, en hausse de 74%
• Les entreprises ont embauché 12.276 personnes


Situation contrastée au premier semestre 2006. D’un côté, le nombre de grèves a augmenté; et, de l’autre, les entreprises enregistrent un accroissement de leur activité et créent de l’emploi. Au total, 106 grèves ont été déclenchées durant cette période, en augmentation de 73,77% par rapport au second semestre 2005, selon les chiffres du ministère de l’Emploi.
Ces conflits ont mobilisé plus de salariés : 10.439 salariés, un chiffre en augmentation de 33,29%, comparativement à l’année dernière. Ils ont été déclenchés surtout dans l’industrie de l’habillement, la plasturgie, les transports urbains et l’industrie alimentaire.
Les motifs sont classiques: retard de paiement des salaires et «cahier revendicatif» non satisfait. Le non-respect de la législation du travail est également à l’origine de tensions. Un sondage réalisé récemment par le ministère de l’Emploi a révélé que seules 15% des entreprises respectaient ce texte. La violation du droit syndical et le refus d’organiser des élections de délégués du personnel sont souvent à l’origine de tensions.
Pour pallier ce «gap», le département de l’Emploi s’apprête à lancer un plan d’action national de mise en conformité sociale. La démarche étant «participative, évolutive et consensuelle», ce plan vise «la conformité sociale» de 25% des entreprises en 2007 et de 45% pour 2008. Si la démarche est louable, il n’en reste pas moins que les salariés «pâtissent» du manque de respect de la législation du travail. Et le rythme de mise en place du plan national ne risque pas d’arranger la situation de sitôt. Les conflits collectifs du travail se sont soldés par un accroissement des journées de travail perdues: 43.051 contre 25.359 au titre de 2005. Les grèves sont donc plus mobilisatrices et durent plus longtemps. Elles révèlent aussi que l’inefficacité des tentatives de conciliation menées par les inspections du travail. En témoignent les statistiques sur les grèves évitées, qui ont chuté de 15% par rapport à 2005. Le premier semestre a également été marqué par la baisse des conflits individuels (9,25%) et les requêtes portant sur l’application du droit du travail. Sur 39.922 réclamations enregistrées, 22.268 ont été satisfaites. Ces réclamations portent sur le paiement des salaires et des congés, le licenciement, les attestations de travail ainsi que les accidents de travail. Au total, 2.137 ouvriers ont réintégré leurs postes. De plus, près de 156,8 millions de dirhams ont été récupérés par les salariés.
En dépit d’une forte hausse des conflits sociaux, l’activité des entreprises s’est maintenue. Au total, 12.276 personnes ont été embauchées à la suite d’une réouverture, à un accroissement ou à un démarrage d’activité. En revanche, les licenciements pour fermeture ou compression du personnel sont en baisse (5.136 en 2006 contre 6.160 l’exercice précédent). Cette situation s’explique par la bonne conjoncture économique qui a caractérisé ce premier semestre. Dans sa note sur la croissance en 2006, le Haut commissariat au Plan (HCP) prévoyait une relance des commandes étrangères pour l’habillement, les composants électroniques, le matériel de transport et de la transformation des produits agricoles.
Cette bonne conjoncture est derrière la réouverture de 86 entreprises qui ont embauché 3.043 personnes, un chiffre en progression de 20% par rapport au semestre précédent. Même si le nombre d’établissements ayant démarré leur exploitation durant ce semestre est en baisse, il n’en reste pas moins qu’ils sont derrière la création de 7.395 nouveaux postes dans le BTP, le commerce, l’hôtellerie, la restauration et l’agroalimentaire. A lui seul, le secteur des BTP a enregistré la création de 144 entreprises de construction et de 3.300 nouveaux postes, encouragé certainement par les grands projets d’infrastructure et l’habitat social.
De leur côté, les fermetures ont reculé de 19% et les licenciements de 17%. Durant ce semestre, les entreprises n’ont pas été nombreuses à recourir aux plans sociaux et aux réductions de la durée de travail. Les statistiques de la direction du Travail révèlent un recul de 16% des entreprises qui recourent à des restructurations et la baisse de 18% des réductions du personnel qui y sont liées.

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