Open space = open stress !
25 Novembre 2008
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Ils sont jeunes, diplômés, ont un job sympa et sont cadres dans de grosses boîtes. Mais derrière ce tableau idyllique, se cache une autre réalité, racontée dans un livre "L'open space m'a tuer ". Rencontre avec l'un des auteurs, Alexandre des Isnards.
«Les jeunes cadres pètent les plombs. Turnover, démission, dépression, reconversion, luttes aux prud’hommes : depuis quelques années, les signes du malaise étaient là. Mais nous avons continué de nous taire… faute d’interlocuteur. » Il aura fallu attendre la publication de ce livre L’open space m’a tuer écrit par deux francs tireurs. Deux consultants, 34 ans au compteur, dont neuf en entreprise … et déjà neuf en open space. Sur la base de témoignages, ils racontent avec gravité mais non sans humour, la vie des jeunes cadres en entreprise.
Dictature du bonheur
Briser l’image lisse de ce cadre cool qui part travailler en baskets, tutoie son patron, parle un jargon incompréhensible mais qui, seul face à son ordi, est miné par le stress, la pression, l’absence de reconnaissance. Réhabiliter ce jeune, perçu auprès des décideurs comme un enfant gâté, qui n’est plus prêt à se sacrifier pour l’entreprise, et qui a des exigences à peine entré en fonction. Voilà quels étaient les objectifs des auteurs. « On a voulu donner la parole et lever le voile sur des pratiques et un style de management qui a cours aujourd’hui dans la plupart des entreprises. Un style de management qui les carbonise en à peine deux ans ! » Le message est clair : « les jeunes ne sont pas plus fainéants qu’avant. Ils sont lucides de plus en plus tôt. » Et, parfois, la lucidité les pousse à quitter l’entreprise pour s'investir dans les ONG…
Syndicaliste, révolutionnaire, anti-capitaliste, Alexandre des Isnards s’en défend. « On a seulement couché sur le papier des témoignages et apporté notre expérience sur ce qu’est la vie de la jeunesse au bureau. Dans l’open space, il est impossible de se plaindre, c’est la dictature du bonheur qui règne.»
« L’open space m’a tuer », ce sont des tranches de vie, véritables morceaux choisis, qui se traduisent en saynètes bourrées d’anecdotes, le lot quotidien du jeune cadre. De la "charrette" qui se transforme en nocturne, à l’entretien d’évaluation qui tourne à la caricature, en passant par le week-end de "dé-motivation", sans oublier le sacro-saint discours qui transpire la "positive attitude" à grosse goute pour masquer la réalité… Tout y est ! Et cette réalité dans les entreprises, elle porte un nom : « néo-management ». Et s’incarne à travers l’open space, ce « lieu de vie », « espace convivial » que les cadres ont renommé « open stress » et qui a fait flores dans l’entreprise ces dernières années. Les auteurs n’hésitent pas à comparer ce moderne bureau-plateau du cadre au Panoptique de Bentham. Une prison idéale dans laquelle les prisonniers se surveilleraient les uns les autres… sans gardiens. Un vrai paradis carcéral où l'on pouvait à la fois "surveiller et punir". Dans cet environnement, "tout le monde s’entend, se voit, s’épie." Résultat : "Si vous interrogez un consultant après un an d’open space, il donnerait sa mère pour avoir un bureau fermé. » Optimiste, ce bouquin ne l’est volontairement pas. « Pas notre but. Nous ne sommes pas là pour adoucir. Le divorce entre les jeunes et l’entreprise est un sujet dont on peut rire – culture du fun oblige, mais qu’il faut prendre au sérieux… »
Mis en ligne le 20 Novembre 2008
newzy.fr
«Les jeunes cadres pètent les plombs. Turnover, démission, dépression, reconversion, luttes aux prud’hommes : depuis quelques années, les signes du malaise étaient là. Mais nous avons continué de nous taire… faute d’interlocuteur. » Il aura fallu attendre la publication de ce livre L’open space m’a tuer écrit par deux francs tireurs. Deux consultants, 34 ans au compteur, dont neuf en entreprise … et déjà neuf en open space. Sur la base de témoignages, ils racontent avec gravité mais non sans humour, la vie des jeunes cadres en entreprise.
Dictature du bonheur
Briser l’image lisse de ce cadre cool qui part travailler en baskets, tutoie son patron, parle un jargon incompréhensible mais qui, seul face à son ordi, est miné par le stress, la pression, l’absence de reconnaissance. Réhabiliter ce jeune, perçu auprès des décideurs comme un enfant gâté, qui n’est plus prêt à se sacrifier pour l’entreprise, et qui a des exigences à peine entré en fonction. Voilà quels étaient les objectifs des auteurs. « On a voulu donner la parole et lever le voile sur des pratiques et un style de management qui a cours aujourd’hui dans la plupart des entreprises. Un style de management qui les carbonise en à peine deux ans ! » Le message est clair : « les jeunes ne sont pas plus fainéants qu’avant. Ils sont lucides de plus en plus tôt. » Et, parfois, la lucidité les pousse à quitter l’entreprise pour s'investir dans les ONG…
Syndicaliste, révolutionnaire, anti-capitaliste, Alexandre des Isnards s’en défend. « On a seulement couché sur le papier des témoignages et apporté notre expérience sur ce qu’est la vie de la jeunesse au bureau. Dans l’open space, il est impossible de se plaindre, c’est la dictature du bonheur qui règne.»
« L’open space m’a tuer », ce sont des tranches de vie, véritables morceaux choisis, qui se traduisent en saynètes bourrées d’anecdotes, le lot quotidien du jeune cadre. De la "charrette" qui se transforme en nocturne, à l’entretien d’évaluation qui tourne à la caricature, en passant par le week-end de "dé-motivation", sans oublier le sacro-saint discours qui transpire la "positive attitude" à grosse goute pour masquer la réalité… Tout y est ! Et cette réalité dans les entreprises, elle porte un nom : « néo-management ». Et s’incarne à travers l’open space, ce « lieu de vie », « espace convivial » que les cadres ont renommé « open stress » et qui a fait flores dans l’entreprise ces dernières années. Les auteurs n’hésitent pas à comparer ce moderne bureau-plateau du cadre au Panoptique de Bentham. Une prison idéale dans laquelle les prisonniers se surveilleraient les uns les autres… sans gardiens. Un vrai paradis carcéral où l'on pouvait à la fois "surveiller et punir". Dans cet environnement, "tout le monde s’entend, se voit, s’épie." Résultat : "Si vous interrogez un consultant après un an d’open space, il donnerait sa mère pour avoir un bureau fermé. » Optimiste, ce bouquin ne l’est volontairement pas. « Pas notre but. Nous ne sommes pas là pour adoucir. Le divorce entre les jeunes et l’entreprise est un sujet dont on peut rire – culture du fun oblige, mais qu’il faut prendre au sérieux… »
Mis en ligne le 20 Novembre 2008
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