Les nouvelles vies au bureau
25 Juillet 2008
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Le travail change, le bureau aussi. Les espaces de travail s’adaptent à la mobilité croissante des salariés. De l’entreprise à la carte au bureau nomade, anticipation sur les nouvelles façons de vivre au boulot.
Dans un futur pas si éloigné, la vie de bureau pourrait ressembler à ça : allongé dans un fauteuil ultra ergonomique dans son salon mezzanine de 16 m2, Guillaume forwarde son rapport. Après un brin de jardinage, il saute dans sa Tata électrique pour son rendez-vous à l’Indé Club de Dijon avec le représentant free-lance de firmes indiennes en quête de contacts en Europe. Ces clubs pour free-lances forment désormais 80 % de la population active. Entre deux Coca Zen, on y fait son business sur un marché hyper actif. Pour Guillaume, ces virées hebdomadaires sont aussi une façon de respirer, c’est-à-dire de sortir un peu de… chez lui. Guillaume n’a jamais connu le salariat. Mais, songe-t-il, peut-être qu’aller au bureau tous les matins en 2008, c’était un peu comme se rendre au club ?
Le bureau du futur pourrait aussi avoir un autre visage : au cœur de la business fortress de La Défense, Guillaume gagne le 360e étage de la Corp Tower. Un café sur le pouce, il consulte le plan d’allocation d’espace du jour et rejoint la place de 3 m2 qui lui a été attribuée par le chef de plateau. Aujourd’hui, Guillaume consolide ses positions défensives sur des marchés boursiers en chute libre. Le baril de pétrole se négocie 800 euros. La montée des eaux et les dégâts sur l’environnement entraînent le monde dans une récession sans fin. Résultat : les crânes soumis alignés autour de Guillaume sont ceux des privilégiés qui ont encore le droit de franchir les grilles des business ghettos, derniers refuges des entreprises méganationales. La journée sera longue jusqu’à ce soir…
Elucubrations ? Ces deux scénarii ont été extrapolés à partir des tendances actuelles du business par Johnson Controls, un cabinet britannique spécialisé dans le conseil en aménagement d’espace de travail. Ni l’un ni l’autre ne se réalisera vraisemblablement. Mais tous deux révèlent ce qui se passe aujourd’hui dans les espaces de travail. Et annoncent... la fin du bureau tel que nous le connaissons. Depuis le temps qu’on nous la prédit celle-là ! Newzy s’y met aussi ? Eh bien oui. Parce que cette fois pourrait bien être la bonne. Moins que jamais on a besoin d’un bureau pour bosser. équipé d’un mobile et d’un portable, chacun peut mener son business à peu près n’importe où. « L’impact des technologies favorise l’éclatement des espaces de travail », raconte Michel Kalika, directeur de l’école de management de Strasbourg et animateur du Crépa, centre de recherches du management. « Il n’y a plus aujourd’hui de réel besoin de se rendre au bureau pour travailler. Mais on continue de le faire pour des raisons qui n’ont rien à voir avec le travail. » Se retrouver ensemble, par exemple. Discuter autour d’un projet. Et ça a déjà un impact sur la vie au bureau.
Selon une étude de Sociovision Cofremca, conseil spécialisé dans l’observation des mœurs du business, un salarié moyen ne passe guère plus de 40 % de son temps de travail vissé derrière son « bench ». Le reste ? Des réunions, des déplacements, des rendez-vous dans les couloirs, à la cafète ou au bar en face... De quoi changer durablement l’organisation de l’espace dans l’entreprise : « Les espaces collectifs se multiplient, au détriment des bureaux individuels. On profite des mètres carrés économisés par la généralisation des open spaces pour créer toujours plus de salles de réunions », raconte Olivier Costes, directeur marketing chez Steelcase, numéro un mondial du mobilier et de l’aménagement de bureau. Cette réunionite n’a rien à voir avec un phénomène de mode. Explication numéro un : le travail en mode projet, qui valorise le boulot collectif sur l’individuel. Du coup, on n’utilise plus l’espace de travail de la même façon. « Avant, le salarié restait immobile à son bureau et centralisait l’information », raconte élisabeth Pélegrin-Genel, architecte d’intérieur, auteur de 25 espaces de bureau (éd. Le Moniteur 2007). « En mode projet, la décision est collective et passe par un échange. Et c’est le salarié qui se déplace dans l’entreprise vers les espaces où “ça se passe”. »
Mais si l’espace collectif s’enrichit, le bureau individuel, lui, s’appauvrit. En dix ans, la surface moyenne d’un poste de travail est passée de 15 à 10 mètres carrés. En Asie, ce serait plutôt 4 m2… À 10 000 euros TTC le poste de travail en région parisienne, selon le dernier indice de l’IPD, le Dow Jones mondial de l’immobilier d’entreprises, le coût du bureau a de quoi donner aux entreprises des envies d’optimisation des surfaces. En France, 43 % des salariés, tous secteurs confondus, partagent leur espace à 15, 20 personnes en moyenne, toujours selon Sociovision. « La proportion est sans doute beaucoup plus élevée dans les grandes entreprises, très demandeuses d’open space », raconte Tiphaine Gamba, chef de projet. Car ce sont elles qui mènent la danse : « La première demande des entreprises, c’est : comment faire travailler nos salariés ensemble ? », raconte Philippe Meurice, dg de DEGW, l’un des principaux cabinets mondiaux de space planning. « Et l’open space, quand il est bien conçu, constitue une réponse cohérente à cette problématique. »
Favoriser l’échange entre les salariés,
la circulation des idées et de l’information dans les entreprises… voilà pour l’image d’épinal. « Moi, je constate surtout que l’open space est parallèle à la disparition des chefs d’équipe. Au lieu de managers de proximité, on est encadré par un tableau de reporting sous Excel », raconte Benoît, ingénieur dans l’automobile. En open space, on a remplacé le management opérationnel par le management fonctionnel. Résultat : perte de sens et de repères. « Ce n’est sans doute pas un hasard si la vague des suicides au boulot a commencé chez Renault, précurseur de ce type d’organisation dans l’automobile », estime Benoît. Quant au stress et au bruit, premiers reproches des salariés à l’encontre des open spaces… « En open space, le phénomène de crowding mobilise la perception tout en réduisant l’attention », explique Didier Toussaint, consultant et psychanalyste. « D’où la sensation d’être toujours surveillé et la facilité avec laquelle vous pouvez faire sursauter quelqu’un, juste en passant derrière lui. » L’open space favorise certes l’information immédiate et les rumeurs de moquette. Mais certainement pas la concentration et le travail individuel…
< Pourtant, ce n’est probablement qu’un début. Car la tendance de fond, outre la généralisation des espaces ouverts, signe la fin du bureau personnel au profit du bureau partagé. Accenture, lorsqu’elle s’appelait encore Andersen, avait développé son concept de l’hotelling dès le milieu des années 90. « Sauf que dans une société de consultants, où chacun passe 70 % de son temps en déplacement, l’idée du bureau à la demande n’était pas à proprement parler révolutionnaire », raconte le p-dg de Majorelle Richard Galland, inventeur du space planning en France, et concepteur du siège-hôtel d’Andersen sur les Champs-Elysées.
Plus proche du bureau du futur est l’organisation actuelle de Motorola. Les salariés sont incités à travailler un ou deux jours par semaine chez eux et partagent systématiquement leur bureau dans l’entreprise. Un fonctionnement optimal au mètre carré ! Mais, avouait Catherine Englebert, DRH, lors du congrès organisé en décembre dernier par Actinéo, l’observatoire de la qualité de vie au bureau : « En Europe, les managers ne voient pas toujours d’un très bon œil cette évolution qui représente aussi la fin d’un pouvoir hiérarchique. »
Et les salariés ? Selon Christian Kostrubala, directeur de la publication planete facility.com, ce type d’organisation « plug and play » (vous branchez votre portable sur n’importe quel bureau disponible) ne correspond pas à la culture française. « En Europe du nord, la notion de territoire privé est beaucoup plus souple que chez nous. Cette organisation en libre-service présente un risque de casser un peu plus le lien avec l’entreprise. » Or, souvent passée sous silence, la relation au cadre de travail est prépondérante dans l’esprit des salariés : « Aucune étude scientifique ne prouve le lien entre cadre de travail et productivité », raconte Tiphaine Gamba, chez Sociovision. « Mais ce lien existe dans l’esprit des salariés et c’est peut-être le plus important : 74 % d’entre eux voient dans l’amélioration de leur espace de travail une marque de “considération” de l’employeur. » Pourtant, l’espace de travail fait rarement débat… sauf quand il est vraiment pourri ou superbement agencé ! Ainsi, raconte Valérie Parenty, directrice de l’aménagement d’entreprise chez Saguez & Partners, « chez Symrise, créateur de parfums, la refonte complète du siège de Clichy a amené, selon son DRH, 30 % de candidatures spontanées en plus. » Chez Johnson Controls, on a poussé la prospective en demandant, à la « génération Y » (les 18-25 ans) d’imaginer son poste de travail dans chaque secteur d’activité. Des couleurs, du bois, des sièges en position debout, des cockpits à isolation sensorielle… Au-delà du fun, l’objectif de cette étude est très sérieux, affirme le docteur Marie-Cécile Puybaudat, chercheuse chez Johnson : « Dans cinq ans, les entreprises britanniques s’arracheront les jeunes diplômés. L’aménagement de l’espace et la façon de travailler seront un argument décisif pour les retenir. » Il y a fort à parier qu’il en ira de même de ce côté-ci de la Manche.
André Mora
Publié le 27 mai 2008
Mis en ligne le 25 juillet 2008
newzy.fr
Dans un futur pas si éloigné, la vie de bureau pourrait ressembler à ça : allongé dans un fauteuil ultra ergonomique dans son salon mezzanine de 16 m2, Guillaume forwarde son rapport. Après un brin de jardinage, il saute dans sa Tata électrique pour son rendez-vous à l’Indé Club de Dijon avec le représentant free-lance de firmes indiennes en quête de contacts en Europe. Ces clubs pour free-lances forment désormais 80 % de la population active. Entre deux Coca Zen, on y fait son business sur un marché hyper actif. Pour Guillaume, ces virées hebdomadaires sont aussi une façon de respirer, c’est-à-dire de sortir un peu de… chez lui. Guillaume n’a jamais connu le salariat. Mais, songe-t-il, peut-être qu’aller au bureau tous les matins en 2008, c’était un peu comme se rendre au club ?
Le bureau du futur pourrait aussi avoir un autre visage : au cœur de la business fortress de La Défense, Guillaume gagne le 360e étage de la Corp Tower. Un café sur le pouce, il consulte le plan d’allocation d’espace du jour et rejoint la place de 3 m2 qui lui a été attribuée par le chef de plateau. Aujourd’hui, Guillaume consolide ses positions défensives sur des marchés boursiers en chute libre. Le baril de pétrole se négocie 800 euros. La montée des eaux et les dégâts sur l’environnement entraînent le monde dans une récession sans fin. Résultat : les crânes soumis alignés autour de Guillaume sont ceux des privilégiés qui ont encore le droit de franchir les grilles des business ghettos, derniers refuges des entreprises méganationales. La journée sera longue jusqu’à ce soir…
Elucubrations ? Ces deux scénarii ont été extrapolés à partir des tendances actuelles du business par Johnson Controls, un cabinet britannique spécialisé dans le conseil en aménagement d’espace de travail. Ni l’un ni l’autre ne se réalisera vraisemblablement. Mais tous deux révèlent ce qui se passe aujourd’hui dans les espaces de travail. Et annoncent... la fin du bureau tel que nous le connaissons. Depuis le temps qu’on nous la prédit celle-là ! Newzy s’y met aussi ? Eh bien oui. Parce que cette fois pourrait bien être la bonne. Moins que jamais on a besoin d’un bureau pour bosser. équipé d’un mobile et d’un portable, chacun peut mener son business à peu près n’importe où. « L’impact des technologies favorise l’éclatement des espaces de travail », raconte Michel Kalika, directeur de l’école de management de Strasbourg et animateur du Crépa, centre de recherches du management. « Il n’y a plus aujourd’hui de réel besoin de se rendre au bureau pour travailler. Mais on continue de le faire pour des raisons qui n’ont rien à voir avec le travail. » Se retrouver ensemble, par exemple. Discuter autour d’un projet. Et ça a déjà un impact sur la vie au bureau.
Selon une étude de Sociovision Cofremca, conseil spécialisé dans l’observation des mœurs du business, un salarié moyen ne passe guère plus de 40 % de son temps de travail vissé derrière son « bench ». Le reste ? Des réunions, des déplacements, des rendez-vous dans les couloirs, à la cafète ou au bar en face... De quoi changer durablement l’organisation de l’espace dans l’entreprise : « Les espaces collectifs se multiplient, au détriment des bureaux individuels. On profite des mètres carrés économisés par la généralisation des open spaces pour créer toujours plus de salles de réunions », raconte Olivier Costes, directeur marketing chez Steelcase, numéro un mondial du mobilier et de l’aménagement de bureau. Cette réunionite n’a rien à voir avec un phénomène de mode. Explication numéro un : le travail en mode projet, qui valorise le boulot collectif sur l’individuel. Du coup, on n’utilise plus l’espace de travail de la même façon. « Avant, le salarié restait immobile à son bureau et centralisait l’information », raconte élisabeth Pélegrin-Genel, architecte d’intérieur, auteur de 25 espaces de bureau (éd. Le Moniteur 2007). « En mode projet, la décision est collective et passe par un échange. Et c’est le salarié qui se déplace dans l’entreprise vers les espaces où “ça se passe”. »
Mais si l’espace collectif s’enrichit, le bureau individuel, lui, s’appauvrit. En dix ans, la surface moyenne d’un poste de travail est passée de 15 à 10 mètres carrés. En Asie, ce serait plutôt 4 m2… À 10 000 euros TTC le poste de travail en région parisienne, selon le dernier indice de l’IPD, le Dow Jones mondial de l’immobilier d’entreprises, le coût du bureau a de quoi donner aux entreprises des envies d’optimisation des surfaces. En France, 43 % des salariés, tous secteurs confondus, partagent leur espace à 15, 20 personnes en moyenne, toujours selon Sociovision. « La proportion est sans doute beaucoup plus élevée dans les grandes entreprises, très demandeuses d’open space », raconte Tiphaine Gamba, chef de projet. Car ce sont elles qui mènent la danse : « La première demande des entreprises, c’est : comment faire travailler nos salariés ensemble ? », raconte Philippe Meurice, dg de DEGW, l’un des principaux cabinets mondiaux de space planning. « Et l’open space, quand il est bien conçu, constitue une réponse cohérente à cette problématique. »
Favoriser l’échange entre les salariés,
la circulation des idées et de l’information dans les entreprises… voilà pour l’image d’épinal. « Moi, je constate surtout que l’open space est parallèle à la disparition des chefs d’équipe. Au lieu de managers de proximité, on est encadré par un tableau de reporting sous Excel », raconte Benoît, ingénieur dans l’automobile. En open space, on a remplacé le management opérationnel par le management fonctionnel. Résultat : perte de sens et de repères. « Ce n’est sans doute pas un hasard si la vague des suicides au boulot a commencé chez Renault, précurseur de ce type d’organisation dans l’automobile », estime Benoît. Quant au stress et au bruit, premiers reproches des salariés à l’encontre des open spaces… « En open space, le phénomène de crowding mobilise la perception tout en réduisant l’attention », explique Didier Toussaint, consultant et psychanalyste. « D’où la sensation d’être toujours surveillé et la facilité avec laquelle vous pouvez faire sursauter quelqu’un, juste en passant derrière lui. » L’open space favorise certes l’information immédiate et les rumeurs de moquette. Mais certainement pas la concentration et le travail individuel…
< Pourtant, ce n’est probablement qu’un début. Car la tendance de fond, outre la généralisation des espaces ouverts, signe la fin du bureau personnel au profit du bureau partagé. Accenture, lorsqu’elle s’appelait encore Andersen, avait développé son concept de l’hotelling dès le milieu des années 90. « Sauf que dans une société de consultants, où chacun passe 70 % de son temps en déplacement, l’idée du bureau à la demande n’était pas à proprement parler révolutionnaire », raconte le p-dg de Majorelle Richard Galland, inventeur du space planning en France, et concepteur du siège-hôtel d’Andersen sur les Champs-Elysées.
Plus proche du bureau du futur est l’organisation actuelle de Motorola. Les salariés sont incités à travailler un ou deux jours par semaine chez eux et partagent systématiquement leur bureau dans l’entreprise. Un fonctionnement optimal au mètre carré ! Mais, avouait Catherine Englebert, DRH, lors du congrès organisé en décembre dernier par Actinéo, l’observatoire de la qualité de vie au bureau : « En Europe, les managers ne voient pas toujours d’un très bon œil cette évolution qui représente aussi la fin d’un pouvoir hiérarchique. »
Et les salariés ? Selon Christian Kostrubala, directeur de la publication planete facility.com, ce type d’organisation « plug and play » (vous branchez votre portable sur n’importe quel bureau disponible) ne correspond pas à la culture française. « En Europe du nord, la notion de territoire privé est beaucoup plus souple que chez nous. Cette organisation en libre-service présente un risque de casser un peu plus le lien avec l’entreprise. » Or, souvent passée sous silence, la relation au cadre de travail est prépondérante dans l’esprit des salariés : « Aucune étude scientifique ne prouve le lien entre cadre de travail et productivité », raconte Tiphaine Gamba, chez Sociovision. « Mais ce lien existe dans l’esprit des salariés et c’est peut-être le plus important : 74 % d’entre eux voient dans l’amélioration de leur espace de travail une marque de “considération” de l’employeur. » Pourtant, l’espace de travail fait rarement débat… sauf quand il est vraiment pourri ou superbement agencé ! Ainsi, raconte Valérie Parenty, directrice de l’aménagement d’entreprise chez Saguez & Partners, « chez Symrise, créateur de parfums, la refonte complète du siège de Clichy a amené, selon son DRH, 30 % de candidatures spontanées en plus. » Chez Johnson Controls, on a poussé la prospective en demandant, à la « génération Y » (les 18-25 ans) d’imaginer son poste de travail dans chaque secteur d’activité. Des couleurs, du bois, des sièges en position debout, des cockpits à isolation sensorielle… Au-delà du fun, l’objectif de cette étude est très sérieux, affirme le docteur Marie-Cécile Puybaudat, chercheuse chez Johnson : « Dans cinq ans, les entreprises britanniques s’arracheront les jeunes diplômés. L’aménagement de l’espace et la façon de travailler seront un argument décisif pour les retenir. » Il y a fort à parier qu’il en ira de même de ce côté-ci de la Manche.
André Mora
Publié le 27 mai 2008
Mis en ligne le 25 juillet 2008
newzy.fr
