Les Espagnols recrutent pour l’agriculture

• 10.000 saisonnières retenues pour la campagne 2008

• Une opération supervisée par l’Anapec

Organiser l’émigration pour lutter contre les filières clandestines, tel est le pari de la mairie de Cartaya, dans la province de Huelva en Espagne. Et cela ne peut se faire que par la mise en place d’une émigration alternative, légale et respectueuse des droits des travailleurs, comme des intérêts des employeurs. Aussi, les autorités locales espagnoles ont mis en place un programme d’embauche de travailleurs saisonniers marocains. La stratégie fonctionne bien puisqu’en 2006, seulement 8 % d’entre eux se sont «volatilisés» dans la nature.

Ces opérations menées avec le concours de l’Agence nationale pour la promotion de l’emploi et des compétences (Anapec) ont pour but de recruter les bons profils pour éviter une déperdition de la main-d’œuvre et par conséquent des contrats avec les agriculteurs ibériques. C’est cette expérience, qui répond à l’intitulé de «Aeneas», qu’est venue présenter la partie espagnole à Tanger vendredi dernier. Soutenue par l’Union européenne et le gouvernement autonome d’Andalousie, ce programme existe depuis 2004. Il a pu, selon Eduardo Martin Toval, conseiller du travail et des affaires sociales de l’ambassade d’Espagne à Rabat, «réaliser une expérience exemplaire dans la coopération hispano-marocaine». Par ailleurs, les chiffres attestent de la nette progression de l’embauche des saisonniers marocains dans ce cadre. De 1.245 femmes marocaines recrutées pour travailler dans le secteur agricole à Huelva en 2005, leur nombre a grimpé à 4.500 personnes en 2006. Et d’une moyenne de 50% de retour au pays après l’expiration du contrat saisonnier pendant la première année, la barre est aujourd’hui en dessous de 10%. Un chiffre encourageant pour le Maroc.

Selon Juan Antonio Millan Jaldon, maire de la ville de Cartaya «un meilleur accompagnement des travailleurs par les services sociaux espagnols, après un recrutement sur profil effectué avec l’assistance de l’Anapec au Maroc, a permis de mieux gérer la main d’oeuvre saisonnière légale. Et ce pour le bien de tous». Et c’est pour cela que le programme «Aeneas» a été qualifié par l’UE de «projet éthique adéquat pour combattre la mafia de l’émigration clandestine et les réseaux des passeurs», et a pu obtenir un encouragement plus concret sous la forme d’une subvention de près de 1,2 million d’euros (environ 13 millions de DH). Cette somme est destinée à améliorer le quotidien des travailleurs marocains lors de leur séjour en Espagne et la capacité des autorités espagnoles à organiser cette main-d’œuvre. A noter que d’autres secteurs sont également demandeurs de bras: restauration, bâtiment, services, hôtellerie, etc.

Augmentant ainsi les opportunités pour les travailleurs marocains. En fait, après la réussite des deux premières années du programme «Aeneas» qui prend fin en 2008, la région de Huelva compte déposer un autre projet similaire pour obtenir l’aval et l’aide de Bruxelles. Ce dernier s’étendra jusqu’en 2012 et se concentrera sur le Maroc en tant que formule servant à favoriser les flux migratoires légaux et barrer la route à l’émigration clandestine. Et pour commencer, le programme actuel passe à une vitesse supérieure avec 10.000 femmes marocaines qui seront recrutées comme travailleuses saisonnières à Huelva pour l’année prochaine, au lieu de 5.000 actuellement.

publié le 13/06/2007

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