Les chômeurs sont de plus en plus jeunes


Une Etude sur le chômage et l’emploi des jeunes financée par l’OIT
Plus de 200.000 migrants arrivent de la campagne par an


S’attaquer au chômage des jeunes est une priorité. Que ce soit dans les pays industrialisés ou dans ceux en développement, la problématique est la même. Mais aucune recette miracle n’existe. L’on tente tant bien que mal de mettre en place des mesures pour accompagner les jeunes. D’ailleurs, lors des initiatives emploi, organisées en grande pompe à Skhirat, une batterie de mesures a été annoncée. Mais aucune n’a été concrétisée.

L’Anapec qui doit jouer un rôle central dans la mise en place du dispositif n’a toujours pas achevé sa restructuration. Les incitations fiscales accordées aux entreprises (relèvement du seuil défiscalisé de 4.500 à 6.000 DH et exemption des charges sociales) sont au point mort. Et l’assistance aux porteurs de projets tarde à voir le jour.

L’Organisation internationale du travail mène un programme de recherche sur l’emploi des jeunes. Pour cela, elle a financé une étude sur le «Chômage et employabilité des jeunes au Maroc». Celle-ci a été réalisée par deux universitaires, Noureddine El Aoufi et Mohammed Bensaïd(1). L’état des lieux dressé par les deux chercheurs n’est pas nouveau. Mais il a l’avantage de rappeler que le chômage des jeunes est étroitement lié à des facteurs macro et micro-économiques(2).

L’évolution démographique joue ainsi un rôle important. La structure par âge de la population se caractérise par une forte proportion des jeunes: plus des deux tiers de la population sont âgés de moins de 35 ans et un peu plus de la moitié ont moins de 25 ans. En revanche, les moins de 15 ans sont sur une tendance baissière.

phénomène d’abord urbain

La croissance démographique a été plus rapide dans le milieu urbain: 3,5% en moyenne durant la période 1980-2002 contre 0,6% dans les zones rurales. Il faut dire aussi que le chômage est un phénomène surtout urbain. Le taux de chômage des jeunes a doublé depuis la fin des années 80. En l’espace de deux décennies, il est passé de 18,8% en 1982 à 37,6% en 2000. La tranche d’âge 15-24 ans a enregistré un taux de chômage de 33,2% en 2004 contre 26% pour les 25-34 ans. Le paradoxe au Maroc est que le chômage est élevé parmi les jeunes instruits. Les chances d’obtenir un emploi diminue avec le diplôme.

L’urbanisation et les déséquilibres démographiques sont liés aux problèmes de pauvreté et d’emploi qui constituent les principales causes des flux migratoires internes. Depuis le milieu des années 1990, 200.000 personnes en moyenne par an migrent vers les villes. Les jeunes ruraux constituent plus du quart des migrants. Ce qui explique les tensions sur le marché du travail urbain. «Plus le niveau d’instruction ou de qualification s’élève plus la propension à migrer augmente», expliquent les auteurs.

Ils relèvent aussi que les enfants de 5 à 14 ans représentent le quart des migrants. Ce qui alimente l’offre de travail des futurs jeunes citadins. Là aussi, le nombre de filles qui migrent est plus important. Une situation à mettre, en partie, sur le compte du phénomène des «petites bonnes» exploitées dans les ménages urbains. L’étude relève par ailleurs une forte augmentation de la population active sur les deux dernières décennies: elle est passée de 49,9% en 1982 à 55,9% en 1994. Elle s’est établie à 61,6% en 2002. En 2004, la population active était de 11,015 millions de personnes.

«L’augmentation devrait dépasser 65% à l’horizon 2010, et se traduire par l’entrée en activité de quelque 430.000 jeunes en moyenne annuelle contribuant ainsi à maintenir la pression sur le marché du travail», estiment les auteurs.

Le taux d’activité est passé de 47,3% en 1982 à 50,7% en 2002, tout en restant stable en milieu urbain. En 2004, le taux d’activité s’est établi à 52,6%. Cette évolution est à mettre sur le compte de l’augmentation du sous-emploi et du travail non rémunéré en milieu rural.

En fait, une des principales caractéristiques de cette population est qu’elle est à dominante jeune: quatre actifs sur 10 étaient âgés entre 15 à 24 ans en 2002. En élargissant la catégorie des jeunes à l’ensemble des 15-34 ans, les actifs représenteraient alors plus de la moitié de la population active totale. Le taux d’activité des jeunes dépend de la tranche d’âges. Il est faible chez les 15-24 ans en raison de l’augmentation des taux de scolarisation. En revanche, les 25-34 ans enregistrent des taux d’activité élevés (62,1% en 2002 et 64,7% en 2004 ). Les jeunes n’accèdent au marché du travail qu’après avoir dépassé les 24 ans.

Mais ces taux cachent aussi des disparités entre les milieux urbain et rural et entre les deux sexes. Dans les campagnes, le taux d’activité des jeunes est plus élevé. De même, celui des hommes est plus élevé que celui des femmes.

K. M.

(1) Contactés par L’Economiste, les deux chercheurs étaient injoignables.
(2) Dans l’étude, les statistiques sur le chômage s’arrêtent à 2002.

Paru dans l'Economiste du 13/2/2006 www.leconomiste.com