Le Siagrim, un projet structurant pour la région

Entretien avec Hassan Aourid, wali de la région Meknès/Tafilalet

• Le salon, un levier de développement
• Un plan pour sauver le palmier dattier

La région Meknès/Tafilalet a l’ambition de devenir la première région agricole du Royaume. Son potentiel est énorme mais sous-exploité. L’oleiculture, la viticulture et la culture maraîchère sont des filières qui se développent. Aujourd’hui, il s’agit de mettre en place une stratégie dédiée et prenant en considération les spécificités de la région. Hassan Aourid, le wali, en explique les grandes lignes.
La région Meknès/Tafilalet a l’ambition de devenir la première région agricole du Royaume. Son potentiel est énorme mais sous-exploité. L’oleiculture, la viticulture et la culture maraîchère sont des filières qui se développent. Aujourd’hui, il s’agit de mettre en place une stratégie dédiée et prenant en considération les spécificités de la région. Hassan Aourid, le wali, en explique les grandes lignes.

• L’Économiste: Meknès/Tafilalet est une région à vocation agricole. Existe-t-il une stratégie propre à la région pour le développement de ce secteur ?
-Hassan Aourid : Je ne peux me substituer au ministère de l’Agriculture, mais en tant que responsable d’administration territoriale dans une région agricole, ce secteur m’interpelle vivement. Le Maroc a toujours eu une vocation agricole dont le développement fait partie de la politique gouvernementale depuis des décennies. Ce secteur emploie près de 40% de la population.
Les enjeux sont importants en matière d’agriculture, et nous devons apprendre à la développer autrement. L’impératif de compétitivité avec les autres pays, l’ouverture des frontières et la zone de libre-échange sont autant de facteurs qui nous contraignent à changer notre vision.

• Comment cela ?
- Il ne faut pas oublier que le secteur est très dépendant des aléas climatiques. Et ce n’est pas sans raison que le Salon international de l’agriculture de Meknès s’est fixé comme objectif de lancer une réflexion sur la nouvelle politique agricole au niveau national. Ceci étant dit, il n’y a pas de stratégie propre à la région de Meknès/Tafilalet pour le développement de l’agriculture, en dehors de la stratégie globale.

• L’olivier demeure la culture phare. Que fait-on pour maximiser la production?
-Sur le plan national, le secteur oléicole a été tardivement pris en considération. A mon avis, cela s’explique par un impératif colonial. Une division volontaire a fait que la Tunisie s’est spécialisée dans l’olivier, l’Algérie dans le vignoble et le Maroc dans les céréales et les agrumes. Ce partage a continué même après l’indépendance de ces pays.
Heureusement, la forte demande internationale et le redéploiement d’un certain nombre de terres ont permis à nos agriculteurs de prendre conscience qu’ils peuvent gagner à développer la culture de l’olivier plutôt que les céréales. Le ministère de l’Agriculture a également recentré son action et ses efforts sur l’olivier qui, ces dernières années, est devenu un produit prometteur.

• Aujourd’hui, le Maroc se positionne bien…
- Des experts reconnaissent en effet que le Maroc a un grand potentiel d’expansion dans le bassin méditerranéen. Toutefois, son développement demeure encore handicapé à cause de problèmes liés au foncier. Avec des lopins parcellés, il est impossible d’exploiter à bon escient ce fort potentiel. Le remembrement des terres est une solution, mais cela ne peut pas se décider ou se décréter de façon unilatérale. Le travail en coopérative peut paraître aisé, mais il s’avère difficile dans les faits, et les expériences qui ont été menées à ce jour n’ont pas été très concluantes.

• Mais certaines entreprises ont bien réussi
- Tout à fait. On peut citer les exemples des groupes Bahouss, Zniber ou Belhacen. Mais l’avenir de ce secteur dépend aussi de l’implication des petits agriculteurs.

• En matière de viticulture, les progrès sont probants. Comment se développe ce créneau?
- Pour des raisons de marché et pour des raisons culturelles, la viniculture est appelée à connaître des moments difficiles. Il y a aussi l’émergence de nouveaux acteurs comme le Chili, le Venezuela, l’Afrique du Sud et l’Australie, qui poussent un certain nombre de grands producteurs nationaux à se reconvertir dans l’olivier.

• La région était grande productrice de dattes. Quels sont les projets qui sont menés pour revaloriser cette culture?
- C’est un volet auquel, la région accorde une importance capitale. Le palmier dattier est un patrimoine qu’on a malheureusement négligé pendant de longues années. Le Maroc était dans les années 1950 le deuxième producteur de dattes après l’Irak. Aujourd’hui, faute d’avoir entretenu ce patrimoine, nous sommes à la traîne. À mon avis, il est inadmissible qu’on développe dans les oasis autre chose que le palmier dattier. Il y a certes un équilibre à préserver, mais il y a aussi ce qu’on appelle, dans le jargon économique, l’avantage comparatif. Avec le savoir-faire marocain, qui n’est malheureusement pas assez mis en valeur, on pourrait se positionner sur le marché international en moins de 10 ans.

• Mais il faut d’abord traiter la maladie qui ravage cet arbre. Et cela demande de gros moyens…
On peut trouver les financements. Le problème qui se pose est celui de l’eau. Aussi faut-il renouveler les palmeraies avec des espèces plus résistantes. Il s’agit par ailleurs d’adopter une exploitation plus moderne et plus rationnelle. Par exemple on ne peut plus irriguer nos palmiers, comme on avait l’habitude de le faire, par inondation.
Des expériences pilotes ont été menées avec succès dans les provinces d’Errachidia et de Guelmima.
Enfin, les dernières précipitations ont été bénéfiques à la nappe phréatique de la région. Par conséquent, cette année, la production sera, espérons-le, honorable.

• Le Siagrim attire de plus en plus d’exposants et de visiteurs. Qu’avez-vous tiré de la première expérience ?
- La première édition a été un succès, malgré sa préparation en un temps record. Mais là où le bât blesse, c’est dans l’accessoire et dans tout ce qui va avec l’organisation du Salon: toutes les prestations qui accompagnent comme l’hébergement, la restauration ainsi que le confort des exposants et des visiteurs. En tant qu’administration territoriale et en tant que co-organisateur, avec le ministère de l’Agriculture, il y a des choses qui nous dépassent. Pour résoudre le problème de l’hébergement, on peut encourager l’investissement dans l’hôtellerie ou même proposer aux habitants de mettre leurs maisons à disposition des visiteurs du Salon. Cela se fait couramment dans d’autres villes.
Par ailleurs, on peut difficilement s’improviser hôtelier et décider de créer des hôtels du jour au lendemain. Le grand pari pour nous aujourd’hui est de nous institutionnaliser. Nous bâtissons la deuxième édition du Salon international de l’agriculture sur le succès de la première édition.

• Qu’apporte une manifestation de cette envergure à la région ?
- Sans conteste, beaucoup. Tant pour le secteur agricole que pour toute la région. C’est une belle promotion. C’est un vecteur de développement d’importance. Il y a, à mon avis, un Meknès «avant» le Salon de l’agriculture, et un Meknès «après».
D’autant plus que la manifestation suscite une véritable dynamique pour tous les autres secteurs -tourisme, animation etc. La région attire de plus en plus d’investisseurs, et les retombées positives sont énormes, à tel point que l’immobilier flambe déjà. Nous sommes encore au début du chemin, mais à l’orée de cette deuxième édition, l’impact est extraordinaire.

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