Le Maroc face au défi énergétique.

L’énergie représente pour le Maroc une ressource rare et chère, qui freine sa dynamique de croissance économique. Les projets portés par l’Etat de développement des énergies renouvelables dans les domaines du solaire et de l’éolien, ne devraient contribuer à terme que de façon limitée à la production énergétique globale du pays. La quasi totalité de l’énergie consommée dans le territoire national, qu’elle soit produite localement ou importée, est de source fossile. Le pétrole et le charbon constituent toujours la matière première unique à partir de laquelle les centrales électriques de l’ONEE fonctionnent. Nonobstant le coût environnemental de l’utilisation intensive de ces ressources énergétiques, leur poids dans la charge financière publique est considérable. Le coût de la compensation qui est supporté par le budget général de l’Etat pour soutenir les prix à la pompe, représentera en 2014 la bagatelle somme de 28 milliards de dirhams, et ce en dépit de la mise en place d’un système d’indexation partielle des prix des carburants. Les importations de pétrole & autres produits énergétiques et lubrifiants ont un impact très lourd sur le déficit de la balance commerciale : 102,1 MD DH d’importations en 2013, soit 52% du déficit commercial. L’ONEE, qui produit de l’électricité à partir des énergies fossiles à des conditions d’exploitation structurellement déficitaires, représente un gouffre financier sans précédent. Faut-il rappeler que cet établissement public a généré plus de 12 MD DH de pertes cumulées sur les cinq derniers exercices, et que son endettement global excède les 52 MD DH ?

Cette situation de fragilité énergétique et de dépendance pétrolière est-elle pour autant irréversible ? La réponse est clairement non, car une politique énergétique alternative est possible. La voie est tracée par les pays avancés qui ont su négocier très tôt leur mutation énergétique, en développant le nucléaire civil pour produire de l’électricité bon marché et en investissant massivement dans les énergies renouvelables non fossiles et non génératrices de gaz à effet de serre. Si l’on exclut l’énergie nucléaire qui pose des problèmes d’acquisition de la technologie et de sécurité militaire, les énergies renouvelables constituent une formidable opportunité pour le Maroc d’élargir ses gisements de ressources énergétiques, de sécuriser son parcours de développement économique et de construire de nouvelles filières industrielles créatrices d’emplois à haute valeur ajoutée. Parmi ces filières, il y a évidemment celles où le Maroc a commencé à se positionner. On peut citer le plan de développement de l’énergie solaire qui permettra de produire 2000 mégawatts à l’horizon 2020 au prix d’un programme d’investissements de 9 milliards de dollars où interviennent Masen, l’ONEE et des contractants privés comme Nareva. On peut citer aussi le programme intégré de l’énergie éolienne qui encourage la production privée d’électricité à travers des contrats de fourniture et d’achat d’électricité conclus entre l’ONEE et des partenaires sélectionnés, pour atteindre une capacité de 1000 MW en 2020.
Mais il y a surtout les autres filières des énergies renouvelables dont le potentiel de développement est infiniment plus important. Il s’agit des énergies marines renouvelables qui regroupent six technologies de production : l’énergie éolienne offshore, l’énergie houlomotrice (énergie des vagues), l’énergie hydrolienne (énergie des courants de marée), l’énergie thermique des mers, l’énergie osmotique (technique de séparation de l’eau douce et de l’eau salée par une membrane) et l’énergie marémotrice. Tous ces types d’énergie marine peuvent être utilisés pour la production d’énergie exportable à terre sous forme d’électricité. Si les coûts de production des énergies marines restent encore élevés, ils seront appelés à devenir de plus en plus compétitifs dans la perspective d’une augmentation des prix de référence des énergies fossiles et d’une prise en compte dans ces prix du coût environnemental de l’émission de carbone.

Alors que le Maroc dispose d’atouts pour réussir dans ces filières où la bénédiction divine et la géographie lui ont offert une ressource naturelle sans limite, il en est totalement absent au niveau industriel et scientifique. Alors que le Maroc contrôle d’immenses étendues océanographiques avec ses 3446 km de côtes marines sur lesquelles il dispose de droits souverains jusqu’à 200 milles nautiques définissant la zone économique exclusive (ZEE), l’industrie de l’énergie marine est inexistante. Au même moment, ses partenaires traditionnels maîtrisent déjà les énergies des mers à grande échelle grâce à leurs investissements dans la R&D et à leur soutien des filières industrielles. Parmi les leaders mondiaux de l’énergie marine, on trouve le Royaume-Uni qui accueille la plus importante réserve d’énergie hydrolienne au monde à l’estuaire du Pentland et affiche 3300 MW d’éolien offshore, suivi du Canada qui dispose d’un potentiel naturel exceptionnel de 35.7 gigawatts dans les énergies marines (hors éolien offshore). De nouveaux entrants ont investi ce secteur et affichent de fortes ambitions de développement de leur capacités de production, comme les Etats-Unis, la Chine, le Danemark, l’Espagne, le Portugal et la France.

L’industrie énergétique marine présente des enjeux importants en termes économiques pour les zones littorales du Royaume. Elle constitue une source d’énergie inépuisable pour assurer le développement durable du pays et desserrer l’étau de la facture pétrolière. Comme elle peut incarner un projet de mobilisation des aspirations humaines dans les provinces du Sud et un moyen pour le Royaume d’étendre sa présence géographique en conquérant un nouveau territoire, celui de ses mers.

Mohammed Benmoussa.
Economiste et chef d’entreprise.


Leseco.ma

Publié le 4 mai 2014.

Mis en ligne le 5 mai 2014.