Le Maroc explore de nouvelles voies pour aider les jeunes sans emploi.

Le Maroc et ses partenaires internationaux envisagent de nouvelles stratégies pour stimuler l'emploi chez les jeunes.

La question est devenue une haute priorité dans le royaume, après que les jeunes sans emploi eurent accenté la pression sur le gouvernement en organisant des manifestations et des réunions et en cherchant le soutien du Conseil national consultatif des droits de l'Homme.

Alors que près de 250 000 jeunes font chaque année leur entrée sur le marché du travail, le chômage des jeunes est un sujet majeur pour tous les acteurs au Maroc, selon le ministre de l'Industrie et du Commerce Abdelkader Amara.

L'objectif recherché est de pouvoir former des ressources humaines qualifiées pour répondre à la demande de 360 000 emplois dans le secteur d'ici 2020, a-t-il précisé.

Les solutions envisageables sont venues d'un large éventail de sources, a-t-il expliqué. Le gouvernement envisage de lancer un programme de formation dans le secteur du commerce de détail, qui compte près de 1,4 million de salariés et représente la quatrième plus importante contribution au PIB.

Le Rassemblement national des indépendants (RNI) a proposé une loi destinée à créer des mesures incitatives pour un "système d'auto-entreprise" connu sous le nom de "Bidaya" (Départ), qui prévoit une simplification des mesures administratives, fiscales et sociales.

Les personnes ayant un projet d'entreprise devront pouvoir être aidées en rendant moins onéreuses les exigences de lancement de projet, a expliqué le président du RNI Salaheddine Mezouar.

L'idée de ce parti de l'opposition consiste à permettre aux personnes de lancer leur entreprise par le biais de l'internet sans capital initial et selon un taux d'imposition forfaitaire de trois pour cent, a-t-il expliqué. Cette mesure serait appliquée aux sociétés commerciales réalisant un chiffre d'affaires inférieur à un million de dirhams et aux sociétés de service réalisant moins de 500 000 dirhams, a-t-il précisé.

Ces entreprises doivent être aidées pour remporter des marchés publics, et l'ensemble des dépenses doivent être déductibles à cent pour cent pour les encourager à devenir indépendantes et permettre à quiconque de créer sa propre entreprise, a-t-il précisé.

"Il faut valoriser les échecs comme dans la culture entrepreneuriale anglo-saxonne", a conclu Mezouar.

La Banque mondiale s'intéresse également à l'emploi des jeunes au Maroc.

Dans son rapport du 14 mai intitulé "Promouvoir les opportunités et la participation des jeunes au Maroc", elle explique que sur la base d'une enquête réalisée en 2011 auprès de 2 883 jeunes vivant dans les villes, près de trente pour cent des jeunes Marocains âgés de 15 à 29 ans sont sans emploi.

Selon ce rapport, il est temps d'engager un dialogue avec les employeurs pour s'assurer que les jeunes sont en mesure de développer au mieux leur potentiel. La Banque mondiale se dit favorable à une coopération entre le gouvernement et les jeunes pour rechercher les solutions adaptées, et recommande que les jeunes soient inclus dans les processus de décision.

Selon cette enquête, le système éducatif marocain est à deux vitesses : l’école privée qui forme les élites en français, et l’école publique dispensant des cours essentiellement en arabe. Alors que le marché du travail exige la maîtrise de la langue française, les diplômés du système public se trouvent exclus.

Pour Gloria La Cava, analyste à la Banque mondiale, ces recommandations doivent être mises en oeuvre par le biais de programmes complets impliquant à la fois les secteurs public et privé et les organisations de la société civile.

Elle souligne par ailleurs qu'il convient d'adopter des politiques pour aider les jeunes à décrocher un emploi en amélioration la formation, en proposant de réelles possibilités d'emploi, et en luttant contre le travail informel.

Un avis partagé par la sociologue Samira Kassimi. C'est ce que s'efforce actuellement de faire le gouvernement, explique-t-elle.

Elle ajoute toutefois que le chemin sera long et parsemé d’embûches, car les jeunes diplômés, surtout ceux qui vivent dans le chômage depuis des années, ne veulent pas suivre d’autres formations qualifiantes pour pouvoir intégrer le marché de l’emploi.

Sham Ali.

Magharebia.com

Publié le 17 juin 2012.

Mis en ligne le 18 juin 2012.