Le challenge, hyperréactivité, circuits courts et prix compétitifs
21 Avril 2006
Lu par 1907 personne(s)
Exportations 2005: -7%
Ce qui va bien: vestes, jupes, jeans, tapis…
Ce qui va mal: maille, tissus et fibres synthétiques
Voilà un an et demi que le Maroc joue (presque) dans la même cour que la Chine qui a augmenté de moitié ses exportations en textile-habillement vers l’Europe (47% par rapport à 2004-Institut français de la mode). Le démantèlement de l’accord multifibres, en décembre 2004, a eu des répercussions sur l’emploi et les performances du premier semestre 2005. Les dernières statistiques ont souligné aussi «le diktat chinois» qui continue sur les marchés européens. Mais malgré toutes les Cassandre, les performances varient selon les filières. L’année dernière, les textiliens ont exporté pour une valeur de 26,2 milliards de DH, soit 7% de moins qu’en 2004, selon le ministère du Commerce extérieur. Mais le chiffre global cache de fortes disparités:
- Vestes: plus 2% avec 1,2 milliard de DH;
- Tapis: plus 2% (187 millions de DH); un plan de développement de l’artisanat devrait pousser cette catégorie, à condition que ce plan arrive à pleine exécution;
- Jupes: plus 3% (1,43 milliard de DH);
- Tissus: plus 4%. (543 millions de DH).
De plus, il faut noter que 2005 est «l’année des jeaners».
Inversement, les baisses ont été plus ou moins importantes selon les catégories:
- Pantalons: moins 10% avec 7,2 milliards exportés en 2005;
- Costumes: moins 7% (359 millions de DH);
- Chemises: moins 4% (1,3 milliard);
- Etoffes: moins 2% (32 millions de DH).
La Chine est là, mais le marché européen grossit: l’UE a augmenté ses importations d’habillement de 8%. Le Maroc peut y trouver sa place.
Selon l’Amith (Association marocaine des industries du textile et habillement), entre 15.000 et 20.000 emplois sur près de 200.000 (soit de 8 à 10% des emplois du secteur!) auraient été perdus au cours du seul premier semestre 2005. Mais en parallèle, la même année, la Commission d’investissement a approuvé 14 projets d’investissements (dont les célèbres Fruit of the Loom et Settavex) dans le textile, d’un montant de 3,272 milliards de DH et avec la création de 6.229 emplois.
Un tiers des entreprises dans le flou
Si l’accord entre la Chine et l’UE de l’autolimitation donne un répit de deux ans pour les pays comme le Maroc, se réajuster très rapidement est la condition impérieuse pour les industriels nationaux de tenir la barre. Selon l’Amith, une entreprise sur cinq est apte à revoir son business-model toute seule, un gros tiers a besoin d’accompagnement, et un autre tiers plane sur lui un point d’interrogation. L’Association multiplie les road- shows pour mobiliser les industriels.
Le démantèlement bénéficie au Maroc pour la compétitivité du coût des intrants importés. Et le Royaume a l’avantage du cumul paneuromed des règles d’origine, encore faut-il qu’il soit appliqué partout. Selon l’Amith, oui, il est entré en vigueur, en l’occurrence avec la Turquie. «Récemment, une demande nous est parvenue pour l’application du cumul diagonal avec l’Egypte. Le MCI parle d’une date d’entrée en vigueur fin juin», indique l’Amith.
Selon le DG de Settavex, «il y avait encore des problèmes avec la Turquie, il y a une dizaine de jours. Mais je pense que nous pouvons déjà mettre en marche un quota de 11.000 tonnes». Des soucis techniques auraient retardé l’application de ce cumul qui permet d’importer free-taxe de tous les pays Euromed.
La façon ne mourra pas
La proximité et l’évolution de la demande européenne (surtout vers le fast fashion) sont un couple gagnant pour les textiliens nationaux préparés, surtout que l’intégration verticale de la Chine permet d’avoir accès à des matières premières très compétitives. En revanche, si les donneurs d’ordre reviennent au Maroc, ils reviennent avec des prix chinois et des exigences autrement hautes que celles qui entrent dans la relation classique avec le sous-traitant.
C’est là tout l’enjeu des industriels marocains. Et donc la mission de l’Amith et du plan Emergence. Pour résumer, la façon ne périra pas. La nouvelle exigence est qu’elle se fasse dans des délais très courts à des prix plus bas et des séries courtes. L’avenir est dans la co-traitance plus que dans le produit fini, car les process de création sont trop importants même aux yeux des distributeurs (Auchan, La Redoute…) pour être délégués. «En revanche, pour les enseignes, principalement dans le milieu de gamme, le coût logistique et financier de l’approvisionnement en matières premières est cher». Une autre aubaine pour le Maroc, puisque «les donneurs d’ordre cherchent des fournisseurs qui les en débarrassent».
La fameuse «facture» du démantèlement n’est pas forcément douloureuse à terme, car au final, les industriels disposent de matières premières et de main-d’œuvre bon marché.
L’Economiste 13/04/2006
Ce qui va bien: vestes, jupes, jeans, tapis…
Ce qui va mal: maille, tissus et fibres synthétiques
Voilà un an et demi que le Maroc joue (presque) dans la même cour que la Chine qui a augmenté de moitié ses exportations en textile-habillement vers l’Europe (47% par rapport à 2004-Institut français de la mode). Le démantèlement de l’accord multifibres, en décembre 2004, a eu des répercussions sur l’emploi et les performances du premier semestre 2005. Les dernières statistiques ont souligné aussi «le diktat chinois» qui continue sur les marchés européens. Mais malgré toutes les Cassandre, les performances varient selon les filières. L’année dernière, les textiliens ont exporté pour une valeur de 26,2 milliards de DH, soit 7% de moins qu’en 2004, selon le ministère du Commerce extérieur. Mais le chiffre global cache de fortes disparités:
- Vestes: plus 2% avec 1,2 milliard de DH;
- Tapis: plus 2% (187 millions de DH); un plan de développement de l’artisanat devrait pousser cette catégorie, à condition que ce plan arrive à pleine exécution;
- Jupes: plus 3% (1,43 milliard de DH);
- Tissus: plus 4%. (543 millions de DH).
De plus, il faut noter que 2005 est «l’année des jeaners».
Inversement, les baisses ont été plus ou moins importantes selon les catégories:
- Pantalons: moins 10% avec 7,2 milliards exportés en 2005;
- Costumes: moins 7% (359 millions de DH);
- Chemises: moins 4% (1,3 milliard);
- Etoffes: moins 2% (32 millions de DH).
La Chine est là, mais le marché européen grossit: l’UE a augmenté ses importations d’habillement de 8%. Le Maroc peut y trouver sa place.
Selon l’Amith (Association marocaine des industries du textile et habillement), entre 15.000 et 20.000 emplois sur près de 200.000 (soit de 8 à 10% des emplois du secteur!) auraient été perdus au cours du seul premier semestre 2005. Mais en parallèle, la même année, la Commission d’investissement a approuvé 14 projets d’investissements (dont les célèbres Fruit of the Loom et Settavex) dans le textile, d’un montant de 3,272 milliards de DH et avec la création de 6.229 emplois.
Un tiers des entreprises dans le flou
Si l’accord entre la Chine et l’UE de l’autolimitation donne un répit de deux ans pour les pays comme le Maroc, se réajuster très rapidement est la condition impérieuse pour les industriels nationaux de tenir la barre. Selon l’Amith, une entreprise sur cinq est apte à revoir son business-model toute seule, un gros tiers a besoin d’accompagnement, et un autre tiers plane sur lui un point d’interrogation. L’Association multiplie les road- shows pour mobiliser les industriels.
Le démantèlement bénéficie au Maroc pour la compétitivité du coût des intrants importés. Et le Royaume a l’avantage du cumul paneuromed des règles d’origine, encore faut-il qu’il soit appliqué partout. Selon l’Amith, oui, il est entré en vigueur, en l’occurrence avec la Turquie. «Récemment, une demande nous est parvenue pour l’application du cumul diagonal avec l’Egypte. Le MCI parle d’une date d’entrée en vigueur fin juin», indique l’Amith.
Selon le DG de Settavex, «il y avait encore des problèmes avec la Turquie, il y a une dizaine de jours. Mais je pense que nous pouvons déjà mettre en marche un quota de 11.000 tonnes». Des soucis techniques auraient retardé l’application de ce cumul qui permet d’importer free-taxe de tous les pays Euromed.
La façon ne mourra pas
La proximité et l’évolution de la demande européenne (surtout vers le fast fashion) sont un couple gagnant pour les textiliens nationaux préparés, surtout que l’intégration verticale de la Chine permet d’avoir accès à des matières premières très compétitives. En revanche, si les donneurs d’ordre reviennent au Maroc, ils reviennent avec des prix chinois et des exigences autrement hautes que celles qui entrent dans la relation classique avec le sous-traitant.
C’est là tout l’enjeu des industriels marocains. Et donc la mission de l’Amith et du plan Emergence. Pour résumer, la façon ne périra pas. La nouvelle exigence est qu’elle se fasse dans des délais très courts à des prix plus bas et des séries courtes. L’avenir est dans la co-traitance plus que dans le produit fini, car les process de création sont trop importants même aux yeux des distributeurs (Auchan, La Redoute…) pour être délégués. «En revanche, pour les enseignes, principalement dans le milieu de gamme, le coût logistique et financier de l’approvisionnement en matières premières est cher». Une autre aubaine pour le Maroc, puisque «les donneurs d’ordre cherchent des fournisseurs qui les en débarrassent».
La fameuse «facture» du démantèlement n’est pas forcément douloureuse à terme, car au final, les industriels disposent de matières premières et de main-d’œuvre bon marché.
L’Economiste 13/04/2006
