La retraite à 65 ans, déjà une réalité dans les faits
30 Janvier 2007
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• 1/3 des titulaires de pensions CNSS sortent entre 60 et 70 ans
• Les cotisations ne peuvent être relevées indéfiniment pour sauver les différents régimes
Relever l’âge de départ à la retraite à 65 ans est incontournable. Thami Yahyaoui(1), directeur adjoint de la direction des assurances et de la prévoyance sociale, est catégorique. Ni les fonctionnaires ni les salariés n’y échapperont en raison de contraintes des finances publiques pour les premiers et de compétitivité de l’entreprise pour les seconds. Et donc l’augmentation des cotisations ne peut dépasser un certain seuil. L’amélioration de l’espérance de vie milite aussi pour cet allongement de la vie active. Toute la difficulté sera de faire adhérer les syndicats à une telle mesure. Le Premier ministre, qui avait commandité une étude sur son impact, a dû faire marche arrière devant le tollé qu’elle a soulevé. Et ce, même si l’étude relève que dans le cas de la Caisse marocaine de retraite (CMR) elle permettrait un gain global de 73,79 milliards de dirhams en termes de réserves. Pour cette caisse, le problème démographique se posera plus rapidement surtout avec les départs volontaires et la politique “restrictive” de recrutements prônée par l’Etat.
Au niveau de la Caisse nationale de sécurité sociale, l’impact n’est pas très important puisqu’il retarde l’apparition des déficits de quelques années seulement. De plus, le tiers des pensionnés de la CNSS partent à la retraite entre 60 et 70 ans. Les salariés étant obligés de travailler au-delà de 60 ans pour cumuler les 3.240 jours qui ouvrent droit à une pension. Mais, si une telle mesure devait être adoptée, elle devrait s’accompagner de plusieurs réaménagements tels que le niveau des prestations du régime de la CNSS.
Aujourd’hui, une chose est sûre, au rythme où évoluent les discussions, la réforme prendra du temps. Jusque-là, les caisses de retraite ont introduit quelques ajustements paramétriques, mais ils sont jugés insuffisants. Ces “mesurettes” ont juste permis de retarder l’apparition des déficits de quelques années et n’ont pas résolu le problème des équilibres à long terme.
A la CMR, la réforme de 1997 a reporté l’apparition des déficits à 2009, mais s’est soldée par une aggravation des déficits cumulés de 11%. Le relèvement du taux de cotisation entamé en 2004 a retardé les déficits de trois ans uniquement. Ce qui fragilise le plus cette caisse, c’est la stagnation des effectifs, une donnée exogène, mais qui pèse sur les conditions d’équilibre du régime. Elle ne risque pas de changer, puisque l’Etat limite ses recrutements et, par là, sa masse salariale.
La générosité de la CMR est également mise en cause. “Un choix politique qui nécessite des moyens pour l’honorer”, commente Mohammed Bendriss, son directeur général. La pension des fonctionnaires est liquidée sur la base du dernier salaire et un taux d’annuité élevé. Dans cette caisse, le taux de remplacement est de 100% et le déficit actuariel est estimé à 268 milliards de dirhams.
• Migrer vers la CMR
A la CNSS, le check up actuariel présenté par Mohammed Afifi, son directeur stratégie, introduit une note d’optimisme. Se basant sur des hypothèses proches de la réalité, la CNSS a pu démontrer qu’avec un taux de croissance de la population active de 4,95%, qui décroît de 0,5% par an pour se stabiliser à 3%, le régime tiendrait jusqu’en 2018 (www.leconomiste.com). Dans le cas d’un scénario prudent, mais très optimiste, qui prend comme principale hypothèse un taux de croissance de la population active de 5,95% et qui décroît par la suite de 0,05% pour atteindre 4% en 2044, les premiers déficits apparaîtront en 2028. Une augmentation des taux de cotisation permettrait de gagner plusieurs années d’équilibre. Ce qui fragilise ce régime, c’est le niveau de croissance des actifs et la densité de l’emploi. Le nombre moyen de mois déclarés est de 9 mois et seuls 36% de la population sont déclarés 12 mois de suite.
Le RCAR, même s’il tient la barre, a connu une dégradation de son rapport démographique. Une baisse attribuée à la titularisation de milliers de personnes à statut précaire dans l’Administration. Et donc pas mal de personnes ont “migré” vers la CMR.
L’intégration des caisses de retraite, même si elle s’est soldée par un apport de 14,5 milliards de dirhams, a augmenté le nombre de ses bénéficiaires. La baisse continue du taux de rendement financier pour ce régime mixte (2/3 par capitalisation et le tiers par répartition) n’arrange pas les choses. Elle s’est soldée par la perte de plus de 2 points en 5 ans. N’empêche, le RCAR est jugé viable jusqu’en 2045, avec un taux de couverture de ses engagements actuariels de 87%. En fait, les maux des régimes de retraite sont nombreux. D’abord, le cadre institutionnel est hétérogène: la CMR et la CNSS ont un statut d’établissement public, le RCAR celui “d’institution” dotée de la personnalité morale et de l’autonomie financière gérée par la CNRA, la CIMR est une association. Quant aux caisses internes de l’OCP et de l’ONE, elles n’ont aucune assise juridique ou autonomie par rapport aux établissements au sein desquels elles ont été créées.
A côté de ces caisses coexiste, celle de la Banque centrale, une sorte d’électron libre dans le paysage des régimes de retraite. Ensuite, le système est jugé fragmenté. Ce qui constitue une limite à la mobilité de la main-d’œuvre et génère des inégalités entre les affilés au sein des différents régimes. “Aujourd’hui, beaucoup de retraités d’établissements publics veulent rejoindre la Caisse marocaine de retraite jugée plus généreuse”, soutient Yahyaoui.
Autres problèmes, le mécanisme de la retraite anticipée qui ne respecte pas la neutralité actuarielle, et le niveau des réserves (125 milliards de dirhams) qui ne couvre que partiellement les engagements des régimes envers les affiliés actifs et retraités. Le niveau des réserves par rapport aux engagements est de: 7% à la CNSS, 18% à la CIMR, 30% à la CMR et 86% au RCAR.
L’Economiste.com
Casablanca, Le 30 Janvier 2007
• Les cotisations ne peuvent être relevées indéfiniment pour sauver les différents régimes
Relever l’âge de départ à la retraite à 65 ans est incontournable. Thami Yahyaoui(1), directeur adjoint de la direction des assurances et de la prévoyance sociale, est catégorique. Ni les fonctionnaires ni les salariés n’y échapperont en raison de contraintes des finances publiques pour les premiers et de compétitivité de l’entreprise pour les seconds. Et donc l’augmentation des cotisations ne peut dépasser un certain seuil. L’amélioration de l’espérance de vie milite aussi pour cet allongement de la vie active. Toute la difficulté sera de faire adhérer les syndicats à une telle mesure. Le Premier ministre, qui avait commandité une étude sur son impact, a dû faire marche arrière devant le tollé qu’elle a soulevé. Et ce, même si l’étude relève que dans le cas de la Caisse marocaine de retraite (CMR) elle permettrait un gain global de 73,79 milliards de dirhams en termes de réserves. Pour cette caisse, le problème démographique se posera plus rapidement surtout avec les départs volontaires et la politique “restrictive” de recrutements prônée par l’Etat.
Au niveau de la Caisse nationale de sécurité sociale, l’impact n’est pas très important puisqu’il retarde l’apparition des déficits de quelques années seulement. De plus, le tiers des pensionnés de la CNSS partent à la retraite entre 60 et 70 ans. Les salariés étant obligés de travailler au-delà de 60 ans pour cumuler les 3.240 jours qui ouvrent droit à une pension. Mais, si une telle mesure devait être adoptée, elle devrait s’accompagner de plusieurs réaménagements tels que le niveau des prestations du régime de la CNSS.
Aujourd’hui, une chose est sûre, au rythme où évoluent les discussions, la réforme prendra du temps. Jusque-là, les caisses de retraite ont introduit quelques ajustements paramétriques, mais ils sont jugés insuffisants. Ces “mesurettes” ont juste permis de retarder l’apparition des déficits de quelques années et n’ont pas résolu le problème des équilibres à long terme.
A la CMR, la réforme de 1997 a reporté l’apparition des déficits à 2009, mais s’est soldée par une aggravation des déficits cumulés de 11%. Le relèvement du taux de cotisation entamé en 2004 a retardé les déficits de trois ans uniquement. Ce qui fragilise le plus cette caisse, c’est la stagnation des effectifs, une donnée exogène, mais qui pèse sur les conditions d’équilibre du régime. Elle ne risque pas de changer, puisque l’Etat limite ses recrutements et, par là, sa masse salariale.
La générosité de la CMR est également mise en cause. “Un choix politique qui nécessite des moyens pour l’honorer”, commente Mohammed Bendriss, son directeur général. La pension des fonctionnaires est liquidée sur la base du dernier salaire et un taux d’annuité élevé. Dans cette caisse, le taux de remplacement est de 100% et le déficit actuariel est estimé à 268 milliards de dirhams.
• Migrer vers la CMR
A la CNSS, le check up actuariel présenté par Mohammed Afifi, son directeur stratégie, introduit une note d’optimisme. Se basant sur des hypothèses proches de la réalité, la CNSS a pu démontrer qu’avec un taux de croissance de la population active de 4,95%, qui décroît de 0,5% par an pour se stabiliser à 3%, le régime tiendrait jusqu’en 2018 (www.leconomiste.com). Dans le cas d’un scénario prudent, mais très optimiste, qui prend comme principale hypothèse un taux de croissance de la population active de 5,95% et qui décroît par la suite de 0,05% pour atteindre 4% en 2044, les premiers déficits apparaîtront en 2028. Une augmentation des taux de cotisation permettrait de gagner plusieurs années d’équilibre. Ce qui fragilise ce régime, c’est le niveau de croissance des actifs et la densité de l’emploi. Le nombre moyen de mois déclarés est de 9 mois et seuls 36% de la population sont déclarés 12 mois de suite.
Le RCAR, même s’il tient la barre, a connu une dégradation de son rapport démographique. Une baisse attribuée à la titularisation de milliers de personnes à statut précaire dans l’Administration. Et donc pas mal de personnes ont “migré” vers la CMR.
L’intégration des caisses de retraite, même si elle s’est soldée par un apport de 14,5 milliards de dirhams, a augmenté le nombre de ses bénéficiaires. La baisse continue du taux de rendement financier pour ce régime mixte (2/3 par capitalisation et le tiers par répartition) n’arrange pas les choses. Elle s’est soldée par la perte de plus de 2 points en 5 ans. N’empêche, le RCAR est jugé viable jusqu’en 2045, avec un taux de couverture de ses engagements actuariels de 87%. En fait, les maux des régimes de retraite sont nombreux. D’abord, le cadre institutionnel est hétérogène: la CMR et la CNSS ont un statut d’établissement public, le RCAR celui “d’institution” dotée de la personnalité morale et de l’autonomie financière gérée par la CNRA, la CIMR est une association. Quant aux caisses internes de l’OCP et de l’ONE, elles n’ont aucune assise juridique ou autonomie par rapport aux établissements au sein desquels elles ont été créées.
A côté de ces caisses coexiste, celle de la Banque centrale, une sorte d’électron libre dans le paysage des régimes de retraite. Ensuite, le système est jugé fragmenté. Ce qui constitue une limite à la mobilité de la main-d’œuvre et génère des inégalités entre les affilés au sein des différents régimes. “Aujourd’hui, beaucoup de retraités d’établissements publics veulent rejoindre la Caisse marocaine de retraite jugée plus généreuse”, soutient Yahyaoui.
Autres problèmes, le mécanisme de la retraite anticipée qui ne respecte pas la neutralité actuarielle, et le niveau des réserves (125 milliards de dirhams) qui ne couvre que partiellement les engagements des régimes envers les affiliés actifs et retraités. Le niveau des réserves par rapport aux engagements est de: 7% à la CNSS, 18% à la CIMR, 30% à la CMR et 86% au RCAR.
L’Economiste.com
Casablanca, Le 30 Janvier 2007
