Industries Electriques et Electroniques

L’avenir du secteur se jouera à l’international

En 2005 , les exportations en produits électriques et électroniques n’ont pas dépassé 8 milliards de DH . Pourtant, le potentiel existe et les opportunités à l’international foisonnent . Le marché de la délocalisation offre , à lui seul , 38 milliards de dollars dont le Maroc pourrait profiter en partie .

Environ 1% : C’est à cette hauteur que le secteur de l’électrique et de l’électronique participe au PIB. Et pourtant, il a été désigné par le rapport Emergence parmi les filières prioritaires de l’économie marocaine . En effet, aujourd’hui ce sont d’importantes opportunités qui sont offertes à l’international où le chiffre d’affaires est estimé à quelque 215 milliards de dollars . Un gros gâteau où 18% sont réalisés dans le cadre d’un système de délocalisation. Dans cette belle opportunité, le Maroc a un petit espoir, celui de réussir à capter ne serait-ce que 1% de ce chiffre d’affaires réalisé via le système de sous-traitance. Ce qu’il faut savoir, c’est que ce 1% représentera beaucoup pour le Maroc : « Cela va transformer radicalement la configuration de la filière » , commente Abdelaziz Tâarji, président de la FENELEC (Fédération Nationale des Industries Electrique et Electronique). Toutefois, pour se positionner sur l’échiquier international, beaucoup de chemin reste à parcourir , surtout que le Maroc n’est pas sur la liste des 14 pays favoris. Il n’est pas sur la liste d’attente. Pour inverser la vapeur, il devra faire de la concurrence à des opérateurs farouches tels Singapour, la Malaisie, le Japon, la Chine, sans oublier le Mexique qui est en train de s’y positionner à travers ses fameux maquiladoras notamment.

Une course contre la montre

En face d’un joli scénario raconté par le rapport McKinsey, il en existe un autre, catastrophique celui là où le Maroc raterait le coche et échouerait à se mettre sur les rails.
Tout se jouera dans sa capacité à mettre dans les délais une stratégie de relance digne de ce nom. Le contrat-programme que la profession est en train de préparer dans ce sens.

En effet, la Fenelec vient de signer une convention avec GTZ et l’ANPME. Un expert a été désigné pour suivre le dossier en vue de présenter le contrat-programme en juin 2006. L’objectif de ce document est essentiellement d’imaginer des scénarii à même de faciliter l’investissement au Maroc et à l’étranger.

Dans cette stratégie, St Microelectronics est considérée comme la locomotive de ce secteur, lequel est constitué quasi-exclusivement de PME . Seulement voilà, même cette locomotive n’est pas à l’abri des problèmes. Dotée de grandes capacités, l’entreprise ne tourne qu’à 30% de son potentiel. « Les avantages accordés par l’Etat ne sont pas en phase avec ce qui se fait à l’international en termes de facturation et de douane, ce qui ne lui permet pas un réel épanouissement », souligne M. Tâarji. Pour le moment, « des négociations seraient en cours pour faire jouir la société de plus d’avantages » confie une source proche du dossier. Une information ni confirmée, ni infirmée par le ministère de tutelle. Mais une chose est sûre : si privilèges il y aura, ils seront sûrement à même de permettre à la société de développer son activité à l’international. C’est d’ailleurs un volet sur lequel toute la profession compte pour améliorer ses performances. L’une des opportunités qui reviennent en France dans les déclarations des opérateurs, est relative à la nouvelle loi permettant aux patrons en fin de carrière de céder leurs entreprises sans payer d’impôts sur les plus-values. « Le rachat de ces entreprises permettra de délocaliser une grande partie de la production au Maroc » , explique un observateur qui précise par ailleurs que « cela changera carrément la donne dans les rapports entre le Maroc et les donneurs d’ordre internationaux. Ainsi, nous ne continuerons plus à vendre des minutes de travail, mais un produit fini, notre valeur ajoutée sera plus affichée. Seulement, l’Office des changes fait de la résistance à ce sujet ».

En effet, la réglementation est claire. Pour éviter une fuite des capitaux, l’Office des changes n’hésite pas à imposer beaucoup de contraintes à toute sortie de fonds au Maroc. C’est cette même réglementation qui risque de contraindre une soixantaine d’entreprises spécialisées dans le domaine électrique à disparaître à l’horizon 2010.

Profitant aujourd’hui des chantiers ouverts notamment dans l’habitat ou encore dans le cadre du PERG (Programme d’Electrification Rurale Généralisée) , ce marché va s’amenuiser, suite notamment dans l’Afrique de l’Ouest où l’électrification ne dépasse pas les 20% dans les meilleurs des cas. Mais pour ce cas-là, il faut que les entreprises s’installent sur place et encore une fois, le problème de transfert d’argent pour racheter des affaires ou sceller des partenariats dans les pays concernés se pose. La proposition formulée par la Fenelec pour mettre en place un fond spécialisé pour accueillir les demandes de ces opérateurs sera-t-elle favorablement accueillie ? Aucun signe positif n’est pour le moment émis par le département de Mohamed Bougroum.

CHALLENGE HEBDO N°90 du samedi 18 au vendredi 24 Mars 2006