Formation professionnelle, Un système pour parer aux urgences

INTERVIEW • mustapha mansouri

LE MATIN : Quel serait le devenir de notre système d'enseignement et de formation pour relever le défi de l'emploi ?

MUSTAPHA MANSOURI : Nous avons aujourd'hui un système d'enseignement qui commence à opérer sa mutation, avec l'initiation de la Charte nationale de l'Enseignement. Maintenant, la grande problématique qui se pose est comment faire adapter notre enseignement aux demandes et besoins réels du marché du travail.

Depuis quelques années, les universités commencent, en effet, à s'ouvrir sur le monde de l'entreprise et à se préoccuper un peu de leur environnement externe et non pas seulement dispenser un apprentissage théorique, interne et fermé.

Cette opération de changement ne va cependant pas donner des résultats qu'à terme. Lorsqu'on investit dans un jeune enfant, il lui faut évidemment plusieurs années pour sortir du système et être formaté, de façon à ce qu'il puise être rapidement intégré dans le marché du travail. Nous sommes aujourd'hui en période de transition en ce qui concerne notre système de formation traditionnel.
Parallèlement, nous avons un système de formation professionnelle qui vient parer aux urgences, avec l'arrivée des investisseurs étrangers demandant des métiers nouveaux et des profils spécifiques qui ne sont pas formés par nos universités.

La formation professionnelle essaie d'accompagner ces entreprises d'être à leur écoute et de leur tracer des programmes spécifiques en leur offrant un potentiel de ressources humaines en phase avec leurs activités. Le système de formation professionnelle commence à se développer d'une manière rapide. Il y a même une pression. Généralement, les lauréats de ce système trouvent beaucoup plus facilement du travail que ceux du système traditionnel.

Le challenge aujourd'hui est de généraliser ce système sur l'ensemble du territoire marocain. Jusqu'à présent, il y a des zones où des outils de formation professionnelle n'existent pas encore. Autre défi : il faut rehausser le niveau de qualité et aller par anticipation rechercher les métiers d'avenir.

A titre d'exemple : l'offshoring, qui est un segment de métier nouveau révélé par le Plan Emergence, est comme une tuile qui nous tombe sur la tête. Il faut aujourd'hui s'adapter rapidement pour former des gens qui travaillent dans l'offshoring, source de richesses et d'emplois. C'est ce que nous sommes en train de faire dans la technopole de Casablanca, et plus tard, dans les régions de Rabat et de Fès.

Certains observateurs estiment qu'il faut rebâtir notre système d'enseignement sur le modèle anglo-saxon. Qu'en pensez-vous ?

Il y a beaucoup à dire à ce sujet. Nous sommes un pays arabo-francophone et, quoique le français soit en déclin, nous avons un atout majeur par rapport au monde francophone : Casablanca est la place mondiale la mieux située pour attirer des investisseurs francophones, notamment en matière d'offshoring.

Mais il y a un revers de la médaille : le marché mondial est essentiellement anglophone, par conséquent, nous gagnerons beaucoup à ce que notre culture soit trilingue (arabe, français et anglais). Dans le domaine des investissements anglophones, il y a un potentiel énorme à drainer vers le Maroc. Aujourd'hui, c'est l'anglais demain ça peut être l'espagnol. Je crois qu'il est nécessaire que les langues qui ont été délaissées par le passé puissent reprendre leur place dans les instituts et les universités.

Le Maroc a mené plusieurs réformes pour drainer les investissements directs étrangers (estimés en 2006 à plus de 2,5 milliards de dollars). Pensez-vous que le chantier de la formation devra boucler la boucle ?

Dans tous les cas, c'est un chantier intégré. Tout pays, quels que soient ses moyens d'attraction, ne peut faire l'impasse sur ses ressources humaines. Nous ne pouvons pas aujourd'hui prétendre attirer plus d'investisseurs sans adapter notre système de formation, traditionnelle et professionnelle, aux spécificités et aux besoins d'un marché mondial en perpétuelle mutation.

Par conséquent, si notre système de formation n'arrive pas à s'adapter et très rapidement à ces mutations, technologiques et informatiques surtout, nous allons rater le coche. Le grand challenge du Maroc, c'est de pouvoir former des RH aptes à relever les défis des nouveaux profils et des métiers d'avenir.

Je suis certain que le Maroc dispose d'un potentiel énorme en matière de RH très flexible, très adaptable et ouvert sur les innovations. Il faudrait redoubler d'efforts en matière de réforme de l'enseignement, qui reste le domaine le plus difficile. C'est un chantier important, si nous réussissons à enclencher cette dynamique de réadaptation, de modernisation et de veille, nous allons créer plus d'emplois et de richesses.

Le Matin Du Sahara