Education, formation et Emploi, Le nouveau défi des Intégrales de l’investissement
La 4ème édition des Intégrales de l’investissement (II 2006) des 7 et 8 décembre prochains à Skhirat a fait le redoutable choix de s’attaquer à une thématique à la fois récurrente et en constant renouvellement pour interpeller les décideurs et acteurs économiques du pays. Cette option pour faire le lien entre un traitement idoine des faiblesses structurelles de notre système d’éducation-formation peu favorable à l’incitation à l’emploi et un monde des entreprises confronté aux contraintes de reconversion aux nouveaux métiers dans une économie mondialisée promet des débats très chauds tellement les avis divergent sur les politiques publiques dont l’efficacité reste toujours à démontrer.
Quels sont les besoins en profils nouveaux métiers du Royaume à l’heure de la mondialisation ? Sommes-nous prêts à livrer les profils adéquats aux investisseurs qui arrivent sur le marché ? Comment faire pour stopper la croissance destructrice d’emplois et la croissance « stérile » sans opportunités d’embauche ? Autant de problématiques lancinantes qui ont taraudé les participants à la table ronde préparatoire des II 2006 du mercredi 4 octobre en s’attelant à dégager des pistes de solutions pour les 4èmes Intégrales des 7 et 8 décembre prochain placées sous le thème « Education Formation et Emploi ; les défis de l’investissement ».
Les Intégrales défilent au fil des ans sans que les réponses souhaitées n’aient pu encore être confrontées à des pratiques démontrant, sur le terrain des expériences et des initiatives, le bien-fondé des résolutions prises. Qu’il s’agisse de « l’investissement, civilisations et cultures » débattu à la première édition des II 2003, ou bien « la région et attractivité territoriale » des II 2004 ou encore de « l’investissement socialement responsable » à la troisième réplique de ces rencontre en 2005. En clair, nous continuons de tourner en rond, de nous interroger, de nous chercher, de quêter des consensus de sortie, mais les tentatives piétinent encore. Et ce, en dépit d’un contexte très favorable, pour citer Hassan Bernoussi, Directeur des investissements et président de l’Association des Intégrales de l’investissement pour lequel « tous les indicateurs macroéconomiques dans le royaume sont extrêmement positifs ».
Que faire alors ?
Dans la foulée, Rachid Benmokhtar, président du Comité scientifique coiffant l’évènement a revendiqué une « approche de rupture » dans la mesure où le président de l’université privée Al Akhawayne redoute un « nouveau forum sur la problématique de l’éducation-formation » risquant de passer à côté de son sujet. Et si l’éducation constitue le talon d’Achille de la société marocaine, poursuit-il, car la bataille du savoir sera le défi majeur des 25 prochaines années, il est grand temps « d’opérer aujourd’hui une véritable rupture et il faudra compter sur des sacrifices très lourds pour y arriver sans s’appuyer sur des modèles transposables ou non ».
Et comme il est déjà trop tard pour se « donner le temps des réformes », il est plus qu’urgent de mettre en place des accélérateurs de ces mêmes réformes pour entrer très vite dans la compétitivité de l’économie mondiale. Et sur ce chapitre, nos spécialistes semblent éprouver du mal à s’accorder sur la définition des besoins en profils du Maroc de demain. Si bien que des professeurs universitaires se sont montrés scandalisés, lors de la rencontre du comité scientifique, sur « l’énorme et formidable gâchis » produit par l’enseignement supérieur car, estiment-ils, sur les 20 000 lauréats annuels, « environ 85% sont des chômeurs potentiels ».
La même tendance n’est pas marquée à un cran moins élevé de formation avec l’expérience de l’OFFPT, qui réussit des taux d’insertion professionnelle dépassant régulièrement le seuil des 85%. Témoignage de Larbi Bencheïkh, Directeur général de l’Office de la formation professionnelle : « le secret de la réussite tient à un mot : l’implication effective, à tous les niveaux et à toutes les étapes, des professionnels dans l’acte de formation ». Mais, à la réflexion, les discussions des spécialistes du comité scientifique des II paraissaient se complaire dans du sur-place et des redondances de généralités suffisamment rabâchées un peu partout. A telle enseigne que l’on pourrait bien se demander qui des deux, le monde universitaire ou la production n’arrive à coller au rythme des évolutions rapides dans une économie de plus en plus mondialisée et dans une société de savoir de plus en plus compétitive ?
En fait, l’université ou les entreprises, le monde de l’éducation-formation ou de la production et des services, lequel de ces deux systèmes marque le plus le pas ?
En entendant Driss Guerraoui entrer en lice dans les débats, on arrive à se faire une idée plus claire des retards importants qui nous séparent de la cadence normale de mutation moderne. En effet, le conseiller du Premier ministre a, d’abord constaté les énormes dégâts effectués par le défaut de relation de cause à effet entre la croissance, l’investissement et l’emploi : « de nos jours, nous avons une croissance génératrice d’emplois comme nous avons des croissances non créatrices d’emplois ou, plus grave encore, une croissance destructrice d’emplois ». Avant d’enchaîner la nécessité de lever le voile sur les nouvelles firmes d’emploi avec la révélation des nouveaux métiers qui vont rendre obsolètes l’existant. Et pour ce faire, il faudra bien s’atteler à définir rigoureusement « les nouvelles missions de l’école » à l’heure de la globalisation de l’économie et de la mondialisation des échanges. Face à cette situation pour le moins inconfortable, une seule question s’impose : que faire, alors ? Si l’on écoute Taoufik Mouline, chef de mission au cabinet Royal, il faut aller droit au but en s’évertuant à se montrer « pragmatiques et innovants » en termes de vision, de révision et de rupture dans une démarche volontariste et prospective. Il est certain que la table ronde animée par le comité scientifique le mercredi 4 octobre à la CDG aurait gagné à s’éloigner quelque peu des redondances et des généralités pour investir le concret.
Et ce concret n’est pas sorcier à étaler puisque les besoins du Maroc de demain passent par un doublement des emplois à créer qui sont estimés actuellement, bon an mal an, à quelque 200 000 emplois en moyenne annuelle.
Autrement dit, sur les 200 000 emplois supplémentaires à créer chaque année, quelle éducation et quelle formation dispenser pour rassurer pleinement opérateurs et investisseurs nationaux et étrangers ? Quels profils façonner en tenant compte des métiers les plus porteurs cadrant avec les objectifs de la nouvelle stratégie industrielle Emergence ? Hélas, ce point n’a pas suscité d’échanges alors que cela méritait le coup de préparer des pistes pour les deux grandes plénières et les ateliers programmés au Forum II 2006 de Skhirat.
D’où les craintes annoncées par plusieurs sensibilités universitaires et de la société civile qui n’ont pas fait mystère de leur scepticisme : « ce sera encore un forum pour répéter les mêmes choses déjà dites auparavant sans suite effective ». Pour positiver, disons que le clan des optimistes aux II2006 est tout de même plus nombreux que celui des pessimistes. Avec en tête un Hassan Bernoussi et un Rachid Belmokhtar qui y croient dur comme fer. Alors, à eux de démentir les appréhensions et s’attacher à dégager la voie.
LaGazetteduMaroc
