Économie industrielle : état des lieux au Maroc.
1 Novembre 2014
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Quel a été l’apport de la stratégie d’émergence industrielle à l’économie marocaine ? Cette stratégie aurait-elle propulsé la croissance et l’emploi ? Quelles sont ses retombées en matière d’exportations et de compétitivité ?
Depuis les treize dernières années, le Maroc est passé à la vitesse supérieure, multipliant stratégies sectorielles de développement et politiques de grands chantiers structurants. Tout au long de cette période charnière, le Royaume a assisté à un renouvellement majeur et progressif de son état de développement, notamment dans le domaine économique. Dans ce cadre, d’ambitieux programmes et de nombreux chantiers ont été lancés pour permettre au pays de retrouver la voie du développement et celle de son décollage économique.
Mais, si la dynamique est là, les résultats ne se font pas encore sentir. Sur le plan macroéconomique par exemple, la situation du pays n’a pas réellement changé ; le pays achète toujours davantage qu’il ne vend, ne produit guère la grande partie de ce qu’il consomme et ne consomme pas la grande partie de ce qu’il produit. À cela s’ajoutent d’autres problèmes comme le chômage des jeunes, le creusement des déficits des comptes nationaux, etc.
Une telle situation conduit sans nul doute à s’interroger globalement sur l’efficacité de l’ensemble des politiques publiques entreprises il y a plus d’une décennie. Cet article propose de traiter le cas de la stratégie d’émergence industrielle et de revenir donc sur les avancées que le Maroc aurait réalisées en la matière.
Pour cela, nous adoptons une démarche qui consiste à comparer le tissu industriel du pays avant et après le lancement de cette stratégie. Cette comparaison sera faite principalement en termes de contribution du secteur à la production nationale (PIB), à la création d’emplois, à l’export et, enfin, à la compétitivité des exportations marocaines.
État ex ante
Avant le lancement de la stratégie en question, le secteur industriel au Maroc avait une taille relativement limitée dans l’économie nationale en termes de création d’emplois (12 %) et de contribution à la formation du PIB (16 %). Par contre, le secteur constitue la première source d’exportations avec 52 % de l’ensemble des exportations, d’où la proportion importante de la production orientée vers l’export
Tout comme la taille, la diversification, elle aussi, est faible. En effet, le secteur industriel est trop concentré dans la mesure où seulement deux filières parmi dix, en l’occurrence l’agroalimentaire et le textile, tirent la moitié du PIB du secteur et concourent à hauteur de 68 % et de 72 % respectivement à l’emploi et à l’export. Il parait également que certaines nouvelles branches, à savoir l’automobile et l’électronique, constituent des secteurs à forte croissance.
D’autres filières paraissent plus productives que certaines autres. C’est le cas de l’agroalimentaire et l’automobile qui emploient au total moins de 25 % de la population active du secteur, alors qu’ils contribuent considérablement à la formation du PIB et/ou à la production destinée à l’export.
Il ressort également des autres données relatives à l’analyse du secteur que les principaux freins empêchant l’émergence de ce dernier sont le développement de l’informel, le régime d’imposition très décourageant, la qualification de la main-d’œuvre, l’accès limité aux ressources étrangères (capitaux, matières premières…) et le coût énergétique très élevé.
En ce sens, ces éléments constituent les facteurs à cause desquels le Maroc se fait dépasser par rapport à ses compétiteurs dont l’offre et le type d’exports sont relativement proches comme l’Égypte, la Tunisie, l’Algérie, la Jordanie, la Turquie, le Sénégal et la Roumanie.
Par contre, le pays se positionne en force en matière de ressources naturelles hors énergétiques, notamment agroalimentaires et minières (phosphates), la position logistique du fait de sa proximité de l’UE et les EUA, l’accès douanier et commercial (conséquence des accords de libre-échange) et aussi en matière de coûts faibles de la main-d’œuvre ouvrière.
Compte tenu de ces éléments, le Maroc a décidé de se lancer dans les nouveaux métiers, appelés Métiers Mondiaux du Maroc, ayant une haute valeur ajoutée tout en capitalisant ses atouts dans les métiers traditionnels (agroalimentaire, textile et cuire, etc.). Cette stratégie ambitionnait également, à travers l’effet d’entrainement ou de multiplication, d’apporter des améliorations sensibles quant à la création d’emplois et à la production nationale. Il s’agit donc des plans "Émergence I et II" qui avaient pour objectif de renforcer le tissu industriel du pays à l’horizon 2015 [1].
[1] Élaboré par le cabinet international McKinsey, ce plan, lancé en 2005, mais revu sous une seconde mouture en 2009 (Pacte national pour émergence industrielle), vise à accroître de +1,6 point/an le PIB ainsi qu’à réduire le déficit commercial en augmentant le volume des exportations de 50 milliards de dirhams, et ce, à l’horizon 2015. Voir la présentation du plan dans le rapport du Ministère du Commerce et de l’Industrie (Observatoire Marocain de l’Industrie) "Plan Émergence", 2005 ?
Lesechos.fr
Publié le 31 octobre 2014.
Mis en ligne le 1er novembre 2014.
Depuis les treize dernières années, le Maroc est passé à la vitesse supérieure, multipliant stratégies sectorielles de développement et politiques de grands chantiers structurants. Tout au long de cette période charnière, le Royaume a assisté à un renouvellement majeur et progressif de son état de développement, notamment dans le domaine économique. Dans ce cadre, d’ambitieux programmes et de nombreux chantiers ont été lancés pour permettre au pays de retrouver la voie du développement et celle de son décollage économique.
Mais, si la dynamique est là, les résultats ne se font pas encore sentir. Sur le plan macroéconomique par exemple, la situation du pays n’a pas réellement changé ; le pays achète toujours davantage qu’il ne vend, ne produit guère la grande partie de ce qu’il consomme et ne consomme pas la grande partie de ce qu’il produit. À cela s’ajoutent d’autres problèmes comme le chômage des jeunes, le creusement des déficits des comptes nationaux, etc.
Une telle situation conduit sans nul doute à s’interroger globalement sur l’efficacité de l’ensemble des politiques publiques entreprises il y a plus d’une décennie. Cet article propose de traiter le cas de la stratégie d’émergence industrielle et de revenir donc sur les avancées que le Maroc aurait réalisées en la matière.
Pour cela, nous adoptons une démarche qui consiste à comparer le tissu industriel du pays avant et après le lancement de cette stratégie. Cette comparaison sera faite principalement en termes de contribution du secteur à la production nationale (PIB), à la création d’emplois, à l’export et, enfin, à la compétitivité des exportations marocaines.
État ex ante
Avant le lancement de la stratégie en question, le secteur industriel au Maroc avait une taille relativement limitée dans l’économie nationale en termes de création d’emplois (12 %) et de contribution à la formation du PIB (16 %). Par contre, le secteur constitue la première source d’exportations avec 52 % de l’ensemble des exportations, d’où la proportion importante de la production orientée vers l’export
Tout comme la taille, la diversification, elle aussi, est faible. En effet, le secteur industriel est trop concentré dans la mesure où seulement deux filières parmi dix, en l’occurrence l’agroalimentaire et le textile, tirent la moitié du PIB du secteur et concourent à hauteur de 68 % et de 72 % respectivement à l’emploi et à l’export. Il parait également que certaines nouvelles branches, à savoir l’automobile et l’électronique, constituent des secteurs à forte croissance.
D’autres filières paraissent plus productives que certaines autres. C’est le cas de l’agroalimentaire et l’automobile qui emploient au total moins de 25 % de la population active du secteur, alors qu’ils contribuent considérablement à la formation du PIB et/ou à la production destinée à l’export.
Il ressort également des autres données relatives à l’analyse du secteur que les principaux freins empêchant l’émergence de ce dernier sont le développement de l’informel, le régime d’imposition très décourageant, la qualification de la main-d’œuvre, l’accès limité aux ressources étrangères (capitaux, matières premières…) et le coût énergétique très élevé.
En ce sens, ces éléments constituent les facteurs à cause desquels le Maroc se fait dépasser par rapport à ses compétiteurs dont l’offre et le type d’exports sont relativement proches comme l’Égypte, la Tunisie, l’Algérie, la Jordanie, la Turquie, le Sénégal et la Roumanie.
Par contre, le pays se positionne en force en matière de ressources naturelles hors énergétiques, notamment agroalimentaires et minières (phosphates), la position logistique du fait de sa proximité de l’UE et les EUA, l’accès douanier et commercial (conséquence des accords de libre-échange) et aussi en matière de coûts faibles de la main-d’œuvre ouvrière.
Compte tenu de ces éléments, le Maroc a décidé de se lancer dans les nouveaux métiers, appelés Métiers Mondiaux du Maroc, ayant une haute valeur ajoutée tout en capitalisant ses atouts dans les métiers traditionnels (agroalimentaire, textile et cuire, etc.). Cette stratégie ambitionnait également, à travers l’effet d’entrainement ou de multiplication, d’apporter des améliorations sensibles quant à la création d’emplois et à la production nationale. Il s’agit donc des plans "Émergence I et II" qui avaient pour objectif de renforcer le tissu industriel du pays à l’horizon 2015 [1].
[1] Élaboré par le cabinet international McKinsey, ce plan, lancé en 2005, mais revu sous une seconde mouture en 2009 (Pacte national pour émergence industrielle), vise à accroître de +1,6 point/an le PIB ainsi qu’à réduire le déficit commercial en augmentant le volume des exportations de 50 milliards de dirhams, et ce, à l’horizon 2015. Voir la présentation du plan dans le rapport du Ministère du Commerce et de l’Industrie (Observatoire Marocain de l’Industrie) "Plan Émergence", 2005 ?
Lesechos.fr
Publié le 31 octobre 2014.
Mis en ligne le 1er novembre 2014.
