Délocalisation des activités de services : Des pistes pour améliorer l'attractivité
22 Septembre 2008
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Le Maroc s'est fait en si peu de temps une place parmi les pays qui montent en puissance dans le domaine de la réception des activités de services délocalisés, grâce à une politique volontariste faisant du développement de ce secteur l'un des principaux piliers du programme Emergence.
Nourrissant l'ambition d'améliorer davantage son attractivité dans ce domaine pour se positionner comme l'une des destinations privilégiées de ces délocalisations, le Royaume devra fournir des efforts supplémentaires.
Une récente étude de la Direction des Etudes et des Prévisions Financières (DEPF), tout en brossant un tableau de la situation actuelle du secteur, a émis un certain nombre de suggestions « pour contribuer au développement d'un secteur de l'offshoring plus performant et efficace ».
Il s'agit en premier lieu de la mise en place d'une loi sur la protection des données personnelles. « Le Maroc devrait promulguer une loi fondamentale en matière de protection de données personnelles et constituer une commission d'informatique et libertés indépendante pour pouvoir justifier d'un niveau de protection de données équivalent à celui de l'UE », ont précisé les auteurs de cette étude.
De même, l'étude recommande une adéquation entre formations et besoins du secteur (voir l'encadré) et l'implication de la diaspora marocaine à l'étranger.
«La contribution effective des compétences marocaines résidant à l'étranger, constituée à partir d'un noyau de diplômés des TIC, constituera un véritable catalyseur pour la promotion du secteur de l'offshoring surtout dans le domaine de la recherche scientifique et de l'innovation », a-t-on estimé. Parmi les autres recommandations, figurent la généralisation de la démarche « pôle de compétitivité / cluster » pour développer les activités de services à forte valeur ajoutée, la mise en place d'un système de veille, le développement de la professionnalisation des métiers de services délocalisés et l'accroissement des compétences de langues des jeunes.
Ainsi, expliquent les auteurs de l'étude, «le Maroc devrait poursuivre la démarche de coopération entre unités de recherche, centres de formation et entreprises. Cette méthode coopérative a fait ses preuves dans des pays comme l'Inde et la Finlande ». De même, ajoutent-ils, le Maroc devrait mettre en place un système de veille efficace, assurant le suivi permanent des évolutions de ce secteur pour préserver la compétitivité de l'offre Maroc et sa qualité de destination privilégiée pour les grands groupes.
S'agissant de la professionnalisation des métiers de services délocalisés, l'étude estime que l'emploi dans les métiers de téléopérateurs risque à long terme de devenir peu valorisant pour les diplômés, d'où le risque du phénomène «Backshoring» ou la «relocalisation» qui touche actuellement l'activité des centres d'appels délocalisés dans certains pays notamment l'Inde. Il faudra donc, conclut-on, développer la professionnalisation de ces métiers. Il s'agit notamment, explique-t-on, de systématiser l'apprentissage dans les centres d'appels, ce qui permettrait d'y embaucher des jeunes avec une perspective d'évolution de carrière, tout en bénéficiant d'une formation sur ces métiers. «Les entreprises seraient dès lors fortement incitées à embaucher ces jeunes à l'issue de leurs contrats et seraient doublement gagnantes, sur la baisse du turn-over et sur la hausse du niveau de formation de leurs recrues», estime-t-on.
Adéquation des formations
Si le Maroc est mis en concurrence pour une implantation d'entreprise dans l'offshoring avec un autre pays, la pénurie de compétences constitue un handicap certain, selon l'étude de la DEPF. Elle peut même pousser à la relocalisation dans certains cas, estime-t-on. Il parait donc judicieux, insiste-t-on, de mener une réflexion comparative avec nos concurrents, surtout la Tunisie, sur la pertinence de nos structures de formation, de manière à orienter l'appareil de formation initiale et continue en fonction des besoins réels de qualifications des entreprises du secteur.
En outre, l'offre marocaine en ingénieurs et techniciens spécialisés en informatique se limite à 1.600 cadres par an. Ce chiffre est très faible par rapport aux besoins du secteur de l'ITO qui sont actuellement de plus de 3.000 nouveaux cadres. L'Etat a certes lancé son programme de formation de 10.000 ingénieurs et a ouvert plusieurs nouveaux instituts de formation, mais les premières retombées de ce programme ne seront effectives que dans 3 ans. Ceci entraîne, dans l'immédiat, une pénurie des ingénieurs en informatique et une hausse importante de leurs salaires.
Cette hausse de salaire, fait que les cadres marocains ne sont compétitifs que par rapport à leurs homologues espagnols, qui touchent 25% de plus qu'eux. Mais comparés aux ingénieurs de l'Europe de l'Est, notamment la Roumanie, ces derniers coûtent beaucoup moins cher. Ainsi, les efforts des pouvoirs publics à fournir dans ce sens sont considérables et l'engagement à former des ressources humaines encore plus spécialisées dans les métiers de l'offshoring constitue le défi à relever pour préserver les opportunités du secteur, surtout que d'autres pays sont en train de gagner plus de terrain.
Lahcen Oudoud
Publié le 21 septembre 2008
Mis en ligne le 22 septembre 2008
lematin.ma
Nourrissant l'ambition d'améliorer davantage son attractivité dans ce domaine pour se positionner comme l'une des destinations privilégiées de ces délocalisations, le Royaume devra fournir des efforts supplémentaires.
Une récente étude de la Direction des Etudes et des Prévisions Financières (DEPF), tout en brossant un tableau de la situation actuelle du secteur, a émis un certain nombre de suggestions « pour contribuer au développement d'un secteur de l'offshoring plus performant et efficace ».
Il s'agit en premier lieu de la mise en place d'une loi sur la protection des données personnelles. « Le Maroc devrait promulguer une loi fondamentale en matière de protection de données personnelles et constituer une commission d'informatique et libertés indépendante pour pouvoir justifier d'un niveau de protection de données équivalent à celui de l'UE », ont précisé les auteurs de cette étude.
De même, l'étude recommande une adéquation entre formations et besoins du secteur (voir l'encadré) et l'implication de la diaspora marocaine à l'étranger.
«La contribution effective des compétences marocaines résidant à l'étranger, constituée à partir d'un noyau de diplômés des TIC, constituera un véritable catalyseur pour la promotion du secteur de l'offshoring surtout dans le domaine de la recherche scientifique et de l'innovation », a-t-on estimé. Parmi les autres recommandations, figurent la généralisation de la démarche « pôle de compétitivité / cluster » pour développer les activités de services à forte valeur ajoutée, la mise en place d'un système de veille, le développement de la professionnalisation des métiers de services délocalisés et l'accroissement des compétences de langues des jeunes.
Ainsi, expliquent les auteurs de l'étude, «le Maroc devrait poursuivre la démarche de coopération entre unités de recherche, centres de formation et entreprises. Cette méthode coopérative a fait ses preuves dans des pays comme l'Inde et la Finlande ». De même, ajoutent-ils, le Maroc devrait mettre en place un système de veille efficace, assurant le suivi permanent des évolutions de ce secteur pour préserver la compétitivité de l'offre Maroc et sa qualité de destination privilégiée pour les grands groupes.
S'agissant de la professionnalisation des métiers de services délocalisés, l'étude estime que l'emploi dans les métiers de téléopérateurs risque à long terme de devenir peu valorisant pour les diplômés, d'où le risque du phénomène «Backshoring» ou la «relocalisation» qui touche actuellement l'activité des centres d'appels délocalisés dans certains pays notamment l'Inde. Il faudra donc, conclut-on, développer la professionnalisation de ces métiers. Il s'agit notamment, explique-t-on, de systématiser l'apprentissage dans les centres d'appels, ce qui permettrait d'y embaucher des jeunes avec une perspective d'évolution de carrière, tout en bénéficiant d'une formation sur ces métiers. «Les entreprises seraient dès lors fortement incitées à embaucher ces jeunes à l'issue de leurs contrats et seraient doublement gagnantes, sur la baisse du turn-over et sur la hausse du niveau de formation de leurs recrues», estime-t-on.
Adéquation des formations
Si le Maroc est mis en concurrence pour une implantation d'entreprise dans l'offshoring avec un autre pays, la pénurie de compétences constitue un handicap certain, selon l'étude de la DEPF. Elle peut même pousser à la relocalisation dans certains cas, estime-t-on. Il parait donc judicieux, insiste-t-on, de mener une réflexion comparative avec nos concurrents, surtout la Tunisie, sur la pertinence de nos structures de formation, de manière à orienter l'appareil de formation initiale et continue en fonction des besoins réels de qualifications des entreprises du secteur.
En outre, l'offre marocaine en ingénieurs et techniciens spécialisés en informatique se limite à 1.600 cadres par an. Ce chiffre est très faible par rapport aux besoins du secteur de l'ITO qui sont actuellement de plus de 3.000 nouveaux cadres. L'Etat a certes lancé son programme de formation de 10.000 ingénieurs et a ouvert plusieurs nouveaux instituts de formation, mais les premières retombées de ce programme ne seront effectives que dans 3 ans. Ceci entraîne, dans l'immédiat, une pénurie des ingénieurs en informatique et une hausse importante de leurs salaires.
Cette hausse de salaire, fait que les cadres marocains ne sont compétitifs que par rapport à leurs homologues espagnols, qui touchent 25% de plus qu'eux. Mais comparés aux ingénieurs de l'Europe de l'Est, notamment la Roumanie, ces derniers coûtent beaucoup moins cher. Ainsi, les efforts des pouvoirs publics à fournir dans ce sens sont considérables et l'engagement à former des ressources humaines encore plus spécialisées dans les métiers de l'offshoring constitue le défi à relever pour préserver les opportunités du secteur, surtout que d'autres pays sont en train de gagner plus de terrain.
Lahcen Oudoud
Publié le 21 septembre 2008
Mis en ligne le 22 septembre 2008
lematin.ma
