Débat passionné autour de l'indexation des salaires sur l'inflation
15 Mai 2007
Lu par 1983 personne(s)
Les salaires seront indexés sur l’inflation à raison de 2% l’an à partir de 2008
Une évaluation du mécanisme interviendra au bout de 4 à 5 ans
Les avis divergent sur l’opportunité de l’indexation.
L’une des mesures décidées lors du dernier round du dialogue social (voir LVE du 27 avril) consiste en l’indexation des salaires sur l’inflation. Il s’agit, selon les responsables du ministère de l’emploi, d’augmenter les salaires de 2 % (moyenne de l’inflation sur les dix dernières années) chaque année, à partir du 1er janvier 2008. Après quatre à cinq ans d’application, il sera procédé à l’évaluation de cette mesure, précise encore le ministère de l’emploi. Celui-ci n’exclut pas (mais ne confirme pas non plus) que d’autres hausses de salaires interviennent soit simplement en appliquant le Code du travail qui les prévoit, soit par le biais de conventions collectives.
Dès l’annonce de cette mesure, des craintes ont été exprimées quant au risque de voir le pays s’installer dans une spirale inflationniste dévastatrice. Un ancien ministre, ayant appartenu au 1er gouvernement d’alternance, a eu des mots assez durs pour critiquer une telle mesure. «On serait mal inspiré de remettre en selle le texte de 1958 sur l’indexation. Ce n’est pas sage d’engager une telle décision, qui plus est, à la fin de la législature. Sur quoi va-t-on indexer ? Sur la productivité ? 97% des entreprises ont à peine une dizaine d’ouvriers ! ».
Environ 64 % de la valeur ajoutée va à la rémunération du capital
Cet ancien ministre n’est pas le seul à critiquer cette mesure. Des chefs d’entreprises, bien sûr, mais aussi des économistes (voir le point de vue de Driss Benali) soulignent les risques liés aux anticipations et donc aux revendications sans fin que l’indexation des salaires pourrait engendrer. Lahcen Achy, professeur à l’Institut national de statistique et d’économie appliquée (Insea-Rabat), tout en s’interrogeant sur le timing de cette mesure et même sur le risque inflationniste qu’elle comporte, estime, lui, que l’indexation, comme cela se pratique dans certains pays, peut se concevoir pour certains secteurs, moyennant la conclusion de conventions collectives.
Il reste que pour lui, l’essentiel aujourd’hui c’est d’intégrer l’informel dans le secteur organisé et de mettre le paquet sur la formation pour une plus grande compétitivité des entreprises (voir aussi chronique de Larabi Jaïdi).
En réalité, comme le rappelle Najib Akesbi, ce dont il s’agit, ce n’est pas d’une hausse des salaires à proprement parler mais d’un simple rattrapage de l’inflation et donc d’une préservation du pouvoir d’achat sans plus. Bien sûr, le débat sur le risque inflationniste de l’indexation des salaires sur le niveau des prix est vieux comme l’économie. Il n’empêche que cette pratique existe en Europe, du moins pour les salaires minimums. Il y a là le souci de faire participer les salariés aux fruits de la croissance. Et cela passe par le partage de la valeur ajoutée (donc de la richesse).
En France, 60 % de la valeur ajoutée (VA) va à la rémunération des salariés et moins de 30 % pour le capital. Même si la comparaison est hasardeuse, au Maroc, c’est exactement le contraire. En consultant les comptes de la nation, on constate que la part des rémunérations des salariés (charges sociales comprises) dans la VA est de l’ordre de 35 % ; et ce taux est resté le même depuis 1998. En revanche, la part qui va à la rémunération du capital pour la même période tourne autour de 64 % ; le 1 % restant allant à l’Etat. Ces chiffres gagneraient sans doute à être affinés. Ils n’en donnent pas moins une indication sur le partage des richesses. Quel que soit le sort que connaîtra l’indexation des salaires sur l’inflation, l’idée a au moins le mérite de susciter un débat sur le partage des richesses.
publié le 14/05/2007
Lavieeco.com
Une évaluation du mécanisme interviendra au bout de 4 à 5 ans
Les avis divergent sur l’opportunité de l’indexation.
L’une des mesures décidées lors du dernier round du dialogue social (voir LVE du 27 avril) consiste en l’indexation des salaires sur l’inflation. Il s’agit, selon les responsables du ministère de l’emploi, d’augmenter les salaires de 2 % (moyenne de l’inflation sur les dix dernières années) chaque année, à partir du 1er janvier 2008. Après quatre à cinq ans d’application, il sera procédé à l’évaluation de cette mesure, précise encore le ministère de l’emploi. Celui-ci n’exclut pas (mais ne confirme pas non plus) que d’autres hausses de salaires interviennent soit simplement en appliquant le Code du travail qui les prévoit, soit par le biais de conventions collectives.
Dès l’annonce de cette mesure, des craintes ont été exprimées quant au risque de voir le pays s’installer dans une spirale inflationniste dévastatrice. Un ancien ministre, ayant appartenu au 1er gouvernement d’alternance, a eu des mots assez durs pour critiquer une telle mesure. «On serait mal inspiré de remettre en selle le texte de 1958 sur l’indexation. Ce n’est pas sage d’engager une telle décision, qui plus est, à la fin de la législature. Sur quoi va-t-on indexer ? Sur la productivité ? 97% des entreprises ont à peine une dizaine d’ouvriers ! ».
Environ 64 % de la valeur ajoutée va à la rémunération du capital
Cet ancien ministre n’est pas le seul à critiquer cette mesure. Des chefs d’entreprises, bien sûr, mais aussi des économistes (voir le point de vue de Driss Benali) soulignent les risques liés aux anticipations et donc aux revendications sans fin que l’indexation des salaires pourrait engendrer. Lahcen Achy, professeur à l’Institut national de statistique et d’économie appliquée (Insea-Rabat), tout en s’interrogeant sur le timing de cette mesure et même sur le risque inflationniste qu’elle comporte, estime, lui, que l’indexation, comme cela se pratique dans certains pays, peut se concevoir pour certains secteurs, moyennant la conclusion de conventions collectives.
Il reste que pour lui, l’essentiel aujourd’hui c’est d’intégrer l’informel dans le secteur organisé et de mettre le paquet sur la formation pour une plus grande compétitivité des entreprises (voir aussi chronique de Larabi Jaïdi).
En réalité, comme le rappelle Najib Akesbi, ce dont il s’agit, ce n’est pas d’une hausse des salaires à proprement parler mais d’un simple rattrapage de l’inflation et donc d’une préservation du pouvoir d’achat sans plus. Bien sûr, le débat sur le risque inflationniste de l’indexation des salaires sur le niveau des prix est vieux comme l’économie. Il n’empêche que cette pratique existe en Europe, du moins pour les salaires minimums. Il y a là le souci de faire participer les salariés aux fruits de la croissance. Et cela passe par le partage de la valeur ajoutée (donc de la richesse).
En France, 60 % de la valeur ajoutée (VA) va à la rémunération des salariés et moins de 30 % pour le capital. Même si la comparaison est hasardeuse, au Maroc, c’est exactement le contraire. En consultant les comptes de la nation, on constate que la part des rémunérations des salariés (charges sociales comprises) dans la VA est de l’ordre de 35 % ; et ce taux est resté le même depuis 1998. En revanche, la part qui va à la rémunération du capital pour la même période tourne autour de 64 % ; le 1 % restant allant à l’Etat. Ces chiffres gagneraient sans doute à être affinés. Ils n’en donnent pas moins une indication sur le partage des richesses. Quel que soit le sort que connaîtra l’indexation des salaires sur l’inflation, l’idée a au moins le mérite de susciter un débat sur le partage des richesses.
publié le 14/05/2007
Lavieeco.com
