Conjoncture économique: Les marges de manœuvre se rétrécissent.

• «Le coût de la révolution, mesuré par l’outgap, a été plus élevé que mes prévisions», s’alarme l’ancien gouverneurde la BCT. En effet, l’écart entre les taux de croissance prévus et ceux réalisés a fait ressortir un outgap de 6,5% en 2011 et de 7,5% en 2012, soit un coût global de 14%.

Où est-ce qu’on va? C’est la question à laquelle l’ancien gouverneur de la BCT, M. Mustapha Kamel Nabli, a tenté d’avancer des éléments de réponse, après avoir fait un survol macroéconomique des deux années de l’après-révolution.

En effet, l’économie tunisienne, et plus généralement le processus de transition démocratique, est à la croisée des chemins, a-t-il expliqué, lors d’une conférence-débat organisée par l’Association des économistes tunisiens (Asectu).

«S’enliser dans un cercle vicieux d’instabilité politique et d’insécurité qui provoquerait une chute des exportations et des investissements ou bien développer les facteurs de la reprise de confiance qui stimuleraient un cercle vertueux d’investissements et d’exportations», résume-t-il. Et de prévenir : «Nous avons la possibilité de rebondir, mais je ne suis pas sûr de l’être dans quelques mois». Il y a beaucoup de décisions à prendre dans le domaine économique. «Ne rien faire n’est pas souvent la bonne solution», insiste-t-il. A cet effet, il conseille de faire manœuvrer les outils disponibles, notamment le taux d’intérêt et le taux de change, sur le plan monétaire. Car, selon l’économiste, puisque l’histoire a montré qu’on ne peut pas prévoir les crises, il vaut mieux s’immuniser. Dans cette perspective, il a constaté plusieurs vulnérabilités qui pourraient déclencher, s’ils persistaient, une crise de paiement extérieur, une crise des finances publiques ou une crise du système bancaire.

La facture salée de la révolution


On peut faire dire n’importe quoi aux chiffres. D’ailleurs, ces derniers temps, les interprétations des indicateurs économiques divergent, voire se contredisent. M. Nabli a constaté des divergences entre ses propres prévisions et les réalisations. «Le coût de la révolution, mesuré par l’outgap, a été plus élevé que mes prévisions», s’alarme-t-il. En effet, l’écart entre les taux de croissance prévus et ceux réalisés a fait ressortir un outgap de 6,5% en 2011 et de 7,5% en 2012, soit un coût global de 14%.

Cette contre-performance est due principalement à la chute brutale de l’activité des secteurs qu’il qualifie de sinistrés, à savoir les mines et phosphates, le pétrole, le tourisme et le transport rattaché. Le climat d’insécurité et la flambée des grèves et des sit-in ont freiné l’exploitation et l’exportation de ces secteurs. Outre la chute des exportations, la baisse significative des investissements, de 12,6%, a, également, pesé lourd sur les comptes de l’Etat.
Donc, en 2011, la consommation figurait comme le seul moteur de la croissance économique. «L’évolution de la consommation de 4,6% a limité les dégâts», estime l’ancien gouverneur.

En 2012, la timide reprise des secteurs sinistrés et des exportations a confirmé la place de la consommation comme locomotive de croissance. Ainsi, les deux moteurs, monétaire et budgétaire, ont été mis en œuvre pour assurer une relance par la demande. Mais ces politiques de relance ont généré des effets pervers au niveau de l’inflation et de la balance courante.

Sur un autre plan, M. Nabli a rappelé que la légère hausse des investissements était due principalement aux efforts publics plutôt qu’à l’implication du secteur privé. A cet égard, il insiste : «Le code d’investissement n’est pas une priorité. On a beau avoir le meilleur code, sans un climat favorable on ne pourrait pas espérer une relance de l’investissement privé». Pour ce qui est des IDE, une grande partie d’entre eux est générée par la cession des entreprises confisquées, à l’instar de Tunisiana et de la Banque de Tunisie.

S’attardant sur l’emploi, il remarque que la reprise a commencé depuis le deuxième trimestre de 2011. Pour l’exercice 2012, le nombre d’emplois créés s’élève à 85 mille, contre cent mille annoncés et médiatisés. Et près de la moitié de ces emplois, 40 mille, ont été créés dans des petits secteurs de services, notamment les activités d’entretien et réparation et de commerce. Ce qui alimente les doutes quant à la qualité et la stabilité de ces postes. L’administration publique, déjà surdimensionnée, a, pour sa part, accaparé 20 mille emplois.

S’agissant des finances publiques, il estime que sans le réajustement des comptes en éliminant les recettes exceptionnelles générées par la cession des biens confisqués, le déficit budgétaire serait porté à 8,37% contre les 6,67% annoncés.

Enfin, une chose est sûre : avec la révolution, les citoyens aspiraient à une vie meilleure, encore plus difficile à atteindre, de nos jours. Ce qui alimente leurs inquiétudes. A cet effet, l’ancien gouverneur relativise : «Les marges de manœuvre se rétrécissent. Aujourd’hui, on a des chances de s’en sortir, mais je ne suis pas certain qu’on aurait cette possibilité dans quelques mois».

Ridha MAAMRI.

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Publié le 19 mars 2013.

Mis en ligne le 20 mars 2013.