Au secours, mon entreprise est rachetée !
Vous venez d'apprendre que des tractations se trament et que votre société est en cours de rachat ? Ne paniquez pas, il suffit de respecter quelques conseils et tout se passera bien ! Dans le contexte du marché actuel, j'ai pu observer à l'international, et dans une moindre mesure au Maroc, que le rapprochement des structures peut être opportun pour sortir de la crise : or la difficulté essentielle de ces fusions-acquisitions repose sur l'humain et la conduite du changement que ces phénomènes engendrent.

Dans le cadre de la relation de proximité que nous avions avec les équipes Ressources Humaines de 2 grosses entités marocaines, j'ai eu l'occasion dernièrement d'être confrontée à cet évènement majeur, s'il en est, dans la vie d'une entreprise : la fusion d'un « gros opérateur » et d'un plus modeste dans le secteur de la banque - assurance. La problématique à laquelle étaient confrontés nos clients était complexe : il fallait parvenir à faire vivre ensemble 2 cultures très différentes « les autres sont quasi à l'ère du papier alors que nous maîtrisons depuis belle lurette les outils IT » a-t-on entendu lors des premières annonces, et faire passer des décisions difficiles liées à la restructuration. Contrairement aux idées reçues, près de 2/3 des fusions-acquisitions ne créeraient aucune valeur, ce qui n'est évidemment pas le but recherché.

L'angoisse est alors palpable et j'ai pu constater que chacun, quel que soit son niveau hiérarchique, se pose, dans ce contexte, des questions terrorisantes et bloquantes pour la bonne marche des affaires : les postes « doublons » vont disparaître, il va y avoir des licenciements, l'autre société a une très mauvaise ambiance et est vieillotte, mon équipe va changer, bref, ils se demandent « à quelle sauce ils vont être mangés » ….

Le contact que nous avions avec les managers RH a pu confirmer que ces situations engendrent de vrais traumatismes psychologiques : les changements sont si profonds que c'est un vrai reformatage à envisager pour certains, bouleversant leurs plans de carrière. Et je peux attester de la forte émotion quand ils en parlent bien après. Ce qui m'a le plus marqué est l'importance à accorder aux aspects humains, et à les placer au cœur du processus, non seulement pour en assurer sa réussite en interne, mais aussi pour que la situation déjà perturbante en soi, ne profite pas en plus à la concurrence, qui peut en profiter pour « voler » les bons éléments. Dans ce cas précis, près d'un millier de collaborateurs ont été reçus en entretien individuel, sorte de mix entre entretien d'évaluation et bilan de compétences : une fiche de lecture commune a ainsi pu être établie, regroupant des indicateurs sur le savoir, le savoir être et le savoir faire.

Parallèlement, une enquête de satisfaction a pu cerner les attentes et les récriminations des uns et des autres et évaluer le climat social. Le but ultime était de dessiner l'organisation-cible, l'organigramme, pour refondre les postes et compétences, identifier les postes à supprimer, à déplacer, voire les nouveaux recrutements à prévoir. Ce projet a en effet permis d'identifier des manques et de créer des nouveaux postes liés à la restructuration. Il a aussi permis de refondre la politique de rémunération, message toujours délicat à faire passer. Les équipes RH sont très sollicitées : à la fois dans le cadre de la conduite de changement mais continuent en même temps à avoir leurs responsabilités fonctionnelles habituelles.

Elles fonctionnent en tandem avec la communication interne, qui ne cesse d'alimenter les équipes en informations destinées à tuer dans l'œuf les rumeurs si fréquentes dans les couloirs. Au final, la pris en compte des enjeux RH et l'excellent gestion du changement, a permis un résultat plus que positif : la création de valeur a été flagrante, +60% du résultat net. Il y a eu de la casse, mais ces licenciements, malheureusement obligatoires, ont été bien gérés et comme en a témoigné une responsable RH, ayant dû quitter la structure : « c'est une épreuve et un projet très lourd, mais quelle qu'en soit l'issue, on en sort vraiment grandis. » La dimension humaine est essentielle dans les fusions-acquisitions.

Philippe Montant, Directeur Général ExeKutive.Biz
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