Les femmes et le plafond de verre

Malgré leur place croissante dans le monde du travail, on évoque souvent un plafond de verre qui gênerait les femmes dans le déroulement de leur carrière et limiterait leur accès aux postes de décision et à responsabilité, ceux-ci restant encore souvent réservés aux hommes. L'expression « plafond de verre » est apparue aux États Unis à la fin des années 1970 pour désigner « les freins invisibles » à la promotion des femmes dans les structures hiérarchiques. Ce plafond de verre constitue une barrière d'autant plus forte qu'elle n'est ni visible, ni clairement identifiée. Force est de constater que d'années en années, cet état de fait ne s'améliore pas et ce, tous secteurs confondus, ce qui laisse quelque peu dubitatif...

La question est de comprendre ce qui, à compétences égales, contrarie la progression professionnelle des femmes par rapport à celle des hommes et comment on pourrait y remédier? Est-ce un préjugé sexiste ? Plusieurs facteurs peuvent expliquer cet état de fait notamment des facteurs psychologiques liés aux poids des stéréotypes et des normes. L'ambition et la compétitivité valorisées dans les carrières apparaissent comme des qualités masculines et non féminines. Certaines expériences de psychologie révèlent que les concepts comme le charisme, la combativité, le pouvoir et l'autorité sont associés implicitement aux hommes et peu aux femmes. Ces stéréotypes auraient un impact à la fois sur le recrutement mais aussi en amont, sur les choix que font les femmes qui les auraient intériorisés.

Cela expliquerait une moindre ambition professionnelle, une moindre combativité et une moindre confiance en elles. Les entreprises sont-elles responsables ? Le plafond de verre s'explique aussi par des obstacles et des blocages liés à l'histoire et au fonctionnement des organisations et des mondes professionnels. La question de l'articulation entre vie privée et vie professionnelle a été la question fondamentale à l'origine du plafond de verre. Peut-on concilier les deux ? Il n'y a pas de doute que le modèle du manager idéal reste encore largement masculin. Les entreprises valorisent encore et surtout la disponibilité, laquelle est plus difficile à conjuguer pour les femmes qui assument encore l'essentiel des tâches domestiques. La maternité, parce qu'elle induit des discontinuités de carrière, leur est également préjudiciable.

L'importance accordée par les entreprises à la mobilité (de plus en plus internationale) pose également problème. Elle suppose en général que le conjoint fasse passer sa carrière au second plan, alors que classiquement c'est la carrière de l'homme qui est favorisée. Un autre facteur mis également en évidence, les femmes auraient une plus grande difficulté à bénéficier des réseaux informels dans un monde dirigeant très fortement masculin, qui favorise la cooptation. D'autant qu'entretenir son réseau demande beaucoup de temps, ce dont elles ont précisément tendance à manquer. Comment y remédier ? Par des moyens légaux qui permettraient de favoriser l'égalité professionnelle des hommes et des femmes sur les axes suivants : l'évolution des mentalités, une meilleure orientation, un recrutement plus juste, une formation continue, une garantie des mêmes possibilités de progression de carrière pour les femmes et les hommes et une égalité salariale.

Une vocation des entreprises à rendre leurs recrutements plus objectifs ; à ne plus mettre l'accent sur la « disponibilité »
qui tend à écarter les candidatures féminines ; ou à garantir le maintien du salaire pendant le congé maternité par exemple. Il apparaît déterminant de changer la culture d'entreprise pour qu'elle soit davantage sensibilisée à la question de l'égalité hommes-femmes. A l'heure où la performance et l'efficacité sont calculées selon le temps de présence dans l'entreprise, il faudrait que les femmes puissent démontrer, si on leur en laisse la possibilité, qu'il est tout à fait possible d'être performant en gérant le temps et la présence autrement. Si ça se trouve, les hommes adopteraient peut-être également ce rythme.

Il va s'en dire qu'il faudrait certainement un changement radical de toute la société pour que disparaisse définitivement ce plafond de verre. Il faudrait que les hommes acceptent plus leur part de responsabilités dans le couple et assument plus les tâches ménagères. Les inégalités professionnelles entre les femmes et les hommes exigent la « dé-spécialisation » des rôles et une plus grande implication des hommes dans la sphère domestique ce qui est loin d'être le cas encore actuellement... A méditer...

Philippe Montant
Directeur Général ExeKutive.biz